Selon les estimations faites au niveau mondial, l’OMS admettait qu’un tuberculeux contagieux contaminait en moyenne 8 à 12 personnes par an, et que cette valeur était pratiquement constante. C’est la règle de Styblo. Or une étude récemment menée dans 3 pays a montré des valeurs très nettement inférieures : de 3,4 à 5,8 en Chine ; de 2,6 à 4,4 aux Philippines ; de 3,2 à 4,7 en République de Corée. Pour l’OMS cette baisse est "probablement liée aux progrès dans le traitement rapide des malades tuberculeux grâce aux programmes nationaux de lutte contre la TB."

De plus, alors que les experts pensaient que le rapport entre les cas contagieux et les nouveaux contaminés annuels était pratiquement constant, les rapporteurs de l’étude estiment que cette croyance est désormais infirmée.

Pour établir sa règle (en anglais sur le site de l’OMS), Karel Styblo, de nationalité hollandaise, disposait d’abord des données complètes pour son propre pays. Il en avait alors tiré les règles suivantes pour les tuberculoses contagieuses :

1- la mortalité est égale à la moitié de l’incidence annuelle des cas contagieux

2- la prévalence contagieuse est double de son incidence, assurant ainsi une durée de 2 ans à la maladie.

La prévalence est le nombre total de cas à un moment donné, l’incidence annuelle le nombre de nouveaux cas par an.

Styblo avait considéré ces règles comme générales et en avait déduit que 50 cas annuel de tuberculose contagieuse pour 100 000 habitants correspondrait à une prévalence de 100 cas contagieux pour 100 000. Il disposait aussi de données pour 13 pays en voie de développement avec lesquelles il établit qu’un cas contagieux correspond en moyenne à un risque de 10 infections tuberculeuses par an (fourchette 8-12). Ainsi, 50 cas contagieux par an donnant une prévalence de 100 contagieux correspondront à 1000 nouvelles personnes infectées par an, soit un risque infectieux annuel de 1%. Il s’agit du risque d’être infecté et non de devenir malade. On estime en général que 95% des personnes contaminées résistent spontanément à l’infection dans les premières années, soit 5% d’évolution vers la tuberculose maladie et que 5% des contaminés feront la maladie plus tardivement. C’est donc 10% des contaminés qui verront leur infection évoluer tôt ou tard vers la maladie.

Mais Styblo avait effectué ses estimations avant l’émergence du sida, la mise en place de protocoles efficaces de traitements et de plans de surveillance de la tuberculose. Il est évident que les 2 derniers points contribuent à réduire largement le nombre de contaminés par un cas contagieux. Quant au premier, l’étude considère que la surveillance étroite de l’apparition de la tuberculose chez les séropositifs permet un dépistage précoce. Il était donc raisonnable de penser que la valeur moyenne de 10 cas pour 1 contagieux n’était plus valable et il était devenu nécessaire de procéder à une nouvelle évaluation.