Ils recommandent le retour au BCG Monovax par multipuncture !!!


Quelques jours avant la journée mondiale de la tuberculose, le 24 mars de chaque année, le groupe parlementaire d'études sur la vaccination a fait connaître ses recommandations sur la vaccination BCG. Des recommandations pour le moins surprenantes ...

Parmi les recommandations [1] du groupe parlementaire [2] d'études sur la vaccination (13 mars 2012) voici celles relatives au BCG :

Recommandation n° 1 : Engager une réflexion sur les vaccins à rendre obligatoires

Il serait nécessaire d’entamer une réflexion sur le caractère obligatoire de certains vaccins. Certaines obligations vaccinales, comme celle relative au BCG, ont été abandonnées, conduisant au risque d'augmentation de la tuberculose. Sans rendre à nouveau ce vaccin obligatoire, il convient de faciliter sa réalisation par les praticiens afin d’assurer le maintien d’une bonne couverture vaccinale.

Recommandation n° 2 : mener des recherches sur la possibilité d’un nouveau mode d’administration du BCG

Le BCG est actuellement recommandé, en particulier pour les populations vivant en Île-de-France en raison de la part importante de résidents venant de pays de forte endémie tuberculeuse. Or, un nombre beaucoup plus large de personnes peut être exposé à la tuberculose, du fait de voyages à l’étranger par exemple. Il semble donc peu justifié de limiter la recommandation à une part aussi faible de la population. Le groupe d’études sur la vaccination propose donc l’extension des personnes visées par les recommandations.Notamment, toutes les personnes qui voyagent, même pour des séjours de courte durée, dans des pays où la tuberculose est plus répandue, devraient faire partie des publics pour lesquels la vaccination est fortement recommandée.

La difficulté du mode d’administration par voie intradermique a, entre autres, présidé à l’abandon du caractère obligatoire de ce vaccin. Le groupe de travail recommande donc la recherche d’un nouveau mode d’administration, susceptible d’être appliqué à un nombre plus élevé de patients, ou, à défaut, le retour à l’administration par multipuncture (1).

  1. Article R. 4311-7 du code de la santé publique 

Le moins que l'on puisse dire est que ... c'est pas triste ! Ou plutôt si, c'est très attristant car ces parlementaires étalent ainsi complaisamment leur ignorance totale du sujet alors qu'une douzaine d'entre-eux sont du monde médical.

Commençons par les derniers mots : ils proposent d'envisager le retour à la multipuncture, c'est à dire au Monovax. Sanofi produisait le Monovax uniquement pour la France, ce vaccin n'ayant pas d'AMM européenne. La nécessité de respecter la réglementation européenne contraignait le laboratoire à refaire tout un dossier pour demander une AMM européenne. De plus, selon le porte-parole de Sanofi, Benoit Soubeyran, il aurait fallu construire une nouvelle usine pour se mettre aux normes de production alors que le Monovax n'était destiné qu'à la France et que celle-ci envisageait depuis longtemps de restreindre considérablement l'utilisation du vaccin BCG voire de l'abandonner. Devant le ''coût exorbitant'' de cette opération le laboratoire préféra jeter l'éponge. J'ai entendu cela de la bouche même de Soubeyran à l'audition publique sur la levée de l'obligation du BCG pour les enfants des 13-14 novembre 2006 dans les locaux de la CNAM à Paris. C'est ainsi que la France s'est tournée vers le laboratoire SSI (Serum Statens Institut) de Copenhague pour produire le BCG qu'elle utilisera exclusivement à partir de 2006.

Dans ces conditions on comprend aisément qu'il est totalement hors de question d'envisager un retour du Monovax !!! Nos chers députés avaient sans doute la tête ailleurs, vers les prochaines législatives sans doute ? Un simple petit coup de fil au laboratoire par exemple suffisait pour éviter de formuler une recommandation aussi invraisemblable qu'anachronique.

Quant à imaginer qu'on puisse modifier le mode d'introduction intradermique du BCG SSI, c'est là aussi totalement fantaisiste. Cette souche est très ancienne, il ne s'agit pas du tout d'un nouveau vaccin, contrairement à ce que sa récente introduction en France pourrait laisser croire. Tous les modes d'introduction ont été essayé, y compris par erreur, l'affaire est entendue depuis longtemps. Ce furent d'ailleurs les problèmes posés par cette souche ou d'autres souches analogues qui avaient conduit à faire des recherches ayant abouti à l'invention du Monovax par multipuncture afin de permettre d'appliquer en France la loi qui rendait obligatoire le BCG chez les enfants, les autres souches et leur mode d'application étant trop risquées pour une application généralisée aux enfants.

Voici d'ailleurs comment Pierre Bégué, membre de l'Académie de médecine et ancien président du CTV, avait expliqué le passage du Monovax au SSI au cours du colloque [7] organisé au Sénat sur l'obligation du BCG le 22 février 2007 :

« J'ai beaucoup entendu dire que les médecins ou les pédiatres ne voulaient pas réapprendre à faire le BCG intradermique, mais pourquoi la France, Mérieux France en l'occurrence, a-t-elle inventé le Monovax ?

J'étais externe en 1959, au moment de l'expérimentation du Monovax, la bague tuberculinique. Nous étions alors un pays où la tuberculose était très importante. Nous savions que les nourrissons devaient être vaccinés, et non les adultes de 40 ans... Malgré notre entraînement à faire des piqûres, il était difficile de vacciner un nourrisson : le Monovax, malgré ses imperfections et sa qualité inférieure à celle de l'intradermique, a permis d'appliquer la loi aux nourrissons. Il n'est donc pas venu pour rien ; il n'est pas une fantaisie de l'industrie.

Inversement, malgré une AMM renouvelée régulièrement depuis les années 1970, les dossiers européens de Monovax se sont révélés insuffisants, et le laboratoire a reculé devant le prix effarant pour les refaire. Le Monovax a donc été arrêté.

Si nous avons pu maintenir, en France, la vaccination obligatoire, c’est parce que nous avions la bague.

Les pédiatres ont donc dû faire face à des réclamations justifiées…pédiatres que je défends ici, l’étant moi-même. »

Notons que le député Jean-Pierre Door était l'un des co-organisateurs de ce colloque et qu'il est membre du groupe d'études sur les vaccinations ...

Additif 3 avril 2012

Le Quotidien du médecin du 28 mars 2012 [9] rapporte ainsi les propos de Pierre Bégué au cours d'une conférence de presse : "Le retour de la bague pour le BCG fait sourire ..." On le comprend !

Voir aussi ce lien : http://www.ancisa.fr/article.php?sid=88

Fin de l'additif



Poursuivons par cet abandon de l'obligation du BCG qui pourrait conduire à une augmentation de la tuberculose. Pourtant le BCG est aujourd'hui reconnu incapable d'avoir une action sur l'épidémiologie de la tuberculose comme le dit très clairement cet avis  [8] du CSHPF et du CTV du 30/09/2005 :

AVIS DU COMITE TECHNIQUE DES VACCINATIONS / DU CONSEIL

SUPERIEUR D’HYGIENE PUBLIQUE DE FRANCE

relatif à la

vaccination par le vaccin BCG et au renforcement des moyens de la lutte

antituberculeuse en France

 

« la vaccination par le BCG ne protège que les sujets vaccinés et n’intervient en rien sur la

chaîne de transmission de la maladie »

 

la première mesure de prévention de la tuberculose de l'enfant, conséquence directe des

considérants précédents, est le dépistage précoce des tuberculoses pulmonaires de l'adulte,

la recherche active des cas secondaires de tuberculose infection et maladie, et leur

traitement bien conduit. »



L'OMS n'est pas plus élogieuse sur les mérites du BCG. Dans le REH du 7 avril 2007 [3] elle écrit :

 

«  Le vaccin Calmette-Guérin actuellement utilisé date de plus de 85 ans et n’assure une protection acceptable que contre les formes disséminées de la maladie chez le nourrisson et une protection minime, dans le meilleur des cas, après l’enfance. »

 

Ou encore, le 22 février 2007, le Dr Léopold Blanc, Coordinateur de la lutte contre la tuberculose à l'Organisation mondiale de la santé, était l’invité du député Jean-Pierre Door et de la sénatrice Marie-Christine Blandin qui avaient organisé une audition sur la vaccination BCG au Sénat.

Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques

(OPECST)

« La tuberculose constitue-t-elle un problème majeur de santé publique ? »

Compte rendu de l'audition publique

Exposé de Léopold Blanc

« pour l'OMS, le BCG est efficace uniquement pour les formes graves de l'enfant »



Puis plus loin, au cours du débat qui a suivi  :

 

Docteur Léopold BLANC

Aucune donnée au niveau international ne permet de dire que la suppression de la vaccination a entraîné une augmentation de la tuberculose dans le monde.

Il y a des pays, je voudrais le souligner, qui n'ont jamais vacciné par le BCG, comme les États-Unis, et qui ont les mêmes taux qu'en Europe. Ceci doit être très clair, et des documents extrêmement bien établis à ce sujet ont été publiés par l'OMS. 

 

Notons que c'était le député Jean-Pierre Door qui avait invité Léopold Blanc le 22 février 2007 et qu'il était aussi membre du groupe d'études qui a formulé ces recommandations 5 ans plus tard ...

On pourrait résumer tout cela en disant que le BCG vis-à-vis de la tuberculose se comporte un peu comme l'antibiotique pour la grippe qui agit sur des complications de la grippe mais pas sur la grippe elle-même : si on peut lui accorder une action pour limiter certaines complication de la tuberculose, méningites tuberculeuses et miliaires,  il est sans effet sur la maladie elle-même.

 

Plus réaliste que nos parlementaires, l'OMS attend avec impatience l'arrivée d'un meilleur vaccin, c'est à dire d'un véritable vaccin contre la tuberculose :

 

Rapport OMS 2011 [4] sur la lutte contre la tuberculose dans le monde

« Neuf vaccins expérimentaux font l’objet d’essais de phase I ou de phase II. On espère qu’un ou deux des vaccins expérimentaux actuellement en cours d’essai de phase II passeront en essai de phase III dans les deux à trois ans à venir, et qu’un des deux sera éventuellement homologué d’ici 2020. »

Enfin on peut constater que les recommandations de ce groupe de parlementaires sur la vaccination BCG parlent des populations vivant en Île-de-France ainsi que des personnes qui voyagent. Il apparaît donc que ces parlementaires voudraient une reprise de la vaccination des adultes alors qu'il est reconnu que l'efficacité du BCG est pratiquement limitée aux complications de la tuberculose chez l'enfant, que depuis fin 2004 la France a enfin abandonné la répétition des BCG (au plus un seul par personne) et que le HCSP a recommandé la levée de l'obligation du BCG pour les personnes exposées pour lesquelles il est encore obligatoire dans un avis du 5 mars 2010. Voir mon article [5] à ce sujet.

La nécessaire réorientation des moyens

L’une des raisons d'une pratique plus limitée du BCG est que l’économie faite sur le BCG était destinée à être réinvestie dans un plan de lutte contre la tuberculose pour une action enfin efficace comme l’écrivait le professeur Elisabeth Bouvet dans le BEH n°10-11 du 18 mars 2003 [6]

« Il y a ici une inadéquation entre la mise en œuvre de moyens importants et peu efficaces pour toute une population dont dans la très grande majorité présente un risque très faible et une épidémie de plus en plus marquée dans la population migrante vis-à-vis de laquelle aucune mesure spécifique n’est mise en œuvre.

En dehors des coûts considérables engendrés par la vaccination (coût du vaccin lui-même et surtout coût en personnel et en organisation) et par les tests tuberculiniques post-vaccinaux, le BCG présente d’autres inconvénients.

Il donne l’illusion que tout est fait pour prévenir la tuberculose en France quand la population est vaccinée par le BCG. Il conforte dans l’inconscient collectif des populations l’idée que le problème de la tuberculose est résolu puisque la vaccination par le BCG est généralisée.

On peut espérer que l’abandon de la vaccination généralisée permettra d’impulser une attitude active de lutte contre la tuberculose par des interventions de terrain ayant pour objectif le dépistage des cas d’infection et leur traitement afin d’éviter la survenue de nouveaux cas de tuberculose contagieuse.

On peut aussi espérer qu’il permettra l’indispensable modernisation des structures départementales de lutte contre la tuberculose en leur donnant des moyens d’intervention efficaces, utilisant des outils performants en matière d’épidémiologie d’intervention, de communication et de recueil d’information.

C’est véritablement un changement complet de stratégie qui est à prévoir. »

Il faut comprendre que l’abandon de la vaccination généralisée n’a pas été fait pour céder devant la pression d’anti-vaccinalistes ou pour le confort des familles parce que le BCG SSI qui remplaçait le Monovax était moins supportable, mais parce qu’il était absolument nécessaire et urgent de changer enfin notre politique de lutte contre la tuberculose et que la suppression du BCG généralisé est la première clé de ce changement.



[1] http://pdf.20mn.fr/2012/autres/ge-vaccination.pdf

[2] Les membres du groupe d'études

http://www.assemblee-nationale.fr/qui/xml/organe.asp?id_organe=/13/tribun/xml/xml/organes/426547.xml

[3] http://www.who.int/wer/2005/wer8028.pdf

[4] http://www.who.int/tb/publications/global_report/gtbr11_executive_summary_fr.pdf

[5] http://vaccinbcg.canalblog.com/archives/2010/04/12/17555632.html

[6] http://www.invs.sante.fr/beh/2003/10_11/beh_10_11_2003.pdf

[7] http://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-off/i3791.asp#P622_86004

 [8]  http://www.hcsp.fr/docspdf/cshpf/a_mt_300905_vaccinbcg.pdf

[9]  http://ddata.over-blog.com/3/27/09/71/dec-2011/Quotidien-du-Medecin--28-mars-2012.pdf