A
ce titre ils devraient donc recevoir le BCG que l'Amérique
ignore. Les enfants du Président des Etats Unis seraient ils
particulièrement en danger de tuberculose du fait que leurs 2
parents sont noirs ? En effet, selon les recommandations françaises
les 2 enfants de Barack Obama seraient considérés en
France comme étant à risque très élevé
de tuberculose et devraient recevoir le BCG, comme tout enfant dont
au moins l'un des parents est originaire d'un pays de forte endémie*,
recommandation qui s'applique jusqu'à l'âge de 15 ans.
Mais ils sont américains. Vérité ici, erreur
là-bas !
Notre
ministère s'intéresse en effet de très près
à l'évaluation de la pratique du BCG depuis la levée
de son obligation en juillet 2007. Selon une étude récemment
publiée, seuls 45 à 63% des enfants ciblés par
les recommandations seraient vaccinés, aussi nos agences
sanitaires veulent rappeler aux médecins l'utilité
de cette vaccination chez les enfants à risque. Mais que
signifient "enfant à risque" et que valent vraiment
les chiffres avancés ? Beaucoup d'interrogations qu'il faut
replacer dans le cadre d'une lutte contre la tuberculose que chacun
pourrait souhaiter plus efficace.
Rappelons
que les USA n'ont jamais utilisé le BCG et qu'en Europe, la
Belgique, le Danemark, l'Allemagne, l'Autriche, le Luxembourg,
Andorre et l'Espagne (sauf une province) n'ont aucune politique de
vaccination par le BCG et que les autres pays, sauf le Portugal, en
font un usage très limité.
* Si Barack Obama est né à Hawaï d'un père né au Kenya, sa femme est née et a vécu dans les milieux les plus défavorisés de Chicago. En France, cela serait considéré comme un critère de risque élevé pour leurs enfants.
A voir, plusieurs diaporamas présentés le 17 avril 2008 au ministère dans le cadre de la semaine de la vaccination :
1- "BCG : pourquoi vacciner tous les enfants en Île-de-France " par le professeur J.Gaudelus :
http://www.vaccination-idf.fr/documents/presentations/BCG_et_enfants_IDF.pdf
2- " BCG, VHB, HPV, controverses et polémiques contemporaines autour de trois vaccins" par Didier Torny (Inra) :
http://www.vaccination-idf.fr/documents/presentations/Controverses_et_polemiques_autour_de_3_vaccins.pdf
3- "Enquête sur la vaccination dans les maternités en 2007" :
http://www.vaccination-idf.fr/documents/presentations/Enquete_vaccination_BCG_maternites.pdf
4- Accès à l'ensemble des diaporamas du colloque :
http://www.vaccination-idf.fr/programme_du_colloque_2008.html
BCG ciblé
: nos agences sanitaires veillent au grain !
Mobilisation
des agences sanitaires en faveur du BCG
Reprenant
une
étude réalisée par l'InVS (Institut de
veille sanitaire) [1], l'Inpes (Institut national de prévention
et d'éducation pour la santé) estime
que la couverture vaccinale par le BCG est insuffisante et qu'il
faut relancer cette vaccination [2] :
« Une
étude réalisée par l’Institut de veille
sanitaire (InVS) début 2008 auprès d’un échantillon
de médecins et pédiatres libéraux abonnés
au réseau Infovac a montré une couverture vaccinale
insuffisante chez les enfants à risque élevé
de tuberculose. Parmi les enfants âgés de 2 à
7 mois nés depuis la suspension de l’obligation vaccinale,
seuls 45 à 63 % de ceux répondant aux nouvelles
recommandations vaccinales avaient été vaccinés
(selon qu’ils étaient suivis par des médecins ayant
une activité libérale exclusive ou par l’ensemble des
médecins ayant répondu à l’enquête, quel
que soit leur mode d’exercice : activité libérale
exclusive, hospitalière, en PMI ou activité mixte). »
L'agence
cherche alors à mobiliser les médecins en faveur du BCG
:
« Il
importe que les praticiens soient conscients de l’utilité de
cette vaccination chez les enfants à risque afin qu’ils
soient vaccinés en cabinet de ville ou adressés dans
les structures pratiquant la vaccination. »
Pourtant,
pour l'InVS qui a réalisé l'étude, les résultats
seraient plutôt encourageants :
« Notre
enquête a montré des résultats encourageants en
matière d'acceptation par les médecins et les familles
de la nouvelle politique vaccinale BCG mais également
l'existence dans plus de 10 % des cas de réticences ou
d'opposition de la part des médecins et des familles. »
Tout
en estimant les résultats insuffisants :
« Les
résultats paraissent insuffisants en ce qui concerne les
couvertures vaccinales atteintes chez les enfants nés après
la suspension de l'obligation vaccinale et répondant aux
nouvelles indications vaccinales. Ces conclusions plaident en faveur
de la nécessité du renforcement de la communication
autour de cette nouvelle politique. »
Mais
reconnaît que l'étude n'a pas été réalisée
dans des conditions satisfaisantes :
«
Tous ces résultats doivent être interprétés
avec prudence du fait des limites méthodologiques de
cette enquête. »
Pour
tenter d'y voir plus clair il faut d'une part définir ce qu'on
entend par "enfant à risque" et d'autre part
connaître les conditions de l'enquête.
Les
conditions de l'enquête
C'est
le réseau Infovac qui a été contacté pour
réaliser l'enquête. Il comprenait alors 4372 médecins,
dont 897 en Île-de-France, abonnés au réseau par
lequel ils peuvent obtenir des informations sur la pratique des
vaccinations dans certaines circonstances délicates. Ces
abonnés sont donc particulièrement motivés par
les vaccinations. Les enquêtes précédentes ayant
fait appel à ce réseau et qui portaient sur d'autres
thèmes avaient donné un taux de réponse de 20%.
Sur ce thème de la couverture vaccinale par le BCG il y eut
seulement 285 réponses dont 89 en Île-de-France soit des
taux de participation de 10% en Île-de-France et de 5,6% en
dehors malgré 6 relances.
Ce
sont ces 285 médecins qui ont fourni les données pour
2596 enfants entre 2 et 23 mois. Ces informations sont très
importantes pour relativiser la portée de l'étude:
elles montrent d'abord que médecins et pédiatres se
sont montrés peu motivés par le sujet. Comme l'ont
écrit les rédacteurs de l'étude on peut penser
que ce sont les médecins les plus motivés par le BCG
qui ont répondu, ce qui laisse supposer qu'ils vaccinent
davantage que leurs confrères non répondant, ces
derniers pouvant malgré tout être plus motivés
que leurs confrères non abonnés au réseau
InfoVac.
Tout
cela laisse supposer que la réalité de la couverture
vaccinale par le BCG pourrait être très inférieure
à ce que l'étude a mis en évidence. C'est
tellement vrai que les experts envisagent de recourir à
d'autres méthodes pour lancer une nouvelle étude :
« Le
faible taux de participation au sein de cet échantillon de
médecins particulièrement sensibilisés aux
problématiques vaccinales nous conduira à rechercher,
pour l'avenir, des méthodologies de suivi de la couverture
vaccinale BCG alternatives aux sondages auprès d'un
échantillon de médecins. »
Sur
l'échantillon, sans doute non représentatif et
surestimant la couverture vaccinale, voici ce qui a été
observé :
« Globalement,
73 % des enfants "à risque" avaient été
vaccinés par le BCG, cette proportion étant de 76 %
en Île-de-France et de 71 % en dehors de l'Île-de-France.
La proportion d'enfants vaccinés était de 63 % chez
les enfants de 2-7 mois et de 84 % chez ceux âgés de
8-23 mois, cet écart se retrouvant sensiblement dans les mêmes
proportions dans les deux régions. »
Nous
voyons donc que ces chiffres sont nettement plus élevés
que ceux que l'Inpes avait choisi de mettre en avant (de 45 à
63%): 45% correspondait aux enfants de 2-7 mois vaccinés en
médecine libérale stricte alors que 73% correspond aux
enfants de 2-23 mois quelque soit le statut du médecin
vaccinateur :
« La
couverture vaccinale chez les enfants à risque était
globalement de 73 %. La couverture vaccinale chez les enfants
répondant aux nouvelles indications de vaccination par le BCG
et consultant chez des médecins exerçant uniquement
en médecine libérale était de 45 % chez les
enfants de 2-7 mois, c'est-à dire ceux nés après
la suspension de l'obligation vaccinale (51 % en Île-de-France
, 40 % hors Île-de-France).
L'enquête
a exclu les enfants qui avaient été vaccinés au
cours du premier mois, ce qui est assez étonnant alors que
c'est la vaccination à la naissance qui est recommandée
pour les enfants dits à risque.
Refus
de vaccination par les parents :
« Parmi
les 321 enfants non vaccinés et à risque chez
qui le médecin a proposé ou recommandé la
vaccination, 231 (76 %) l'ont accepté. La vaccination n'a pas
été acceptée pour 14 % des enfants (24 % en
Île-de-France, 8 % hors Île-de-France). »
Médecins
opposés à la vaccination :
« Une
proportion limitée des médecins semble peu ou pas
favorable à la vaccination BCG : respectivement 9 et 12 %
et des médecins ont, en et hors Île-de-France,
déconseillé la vaccination BCG des enfants
répondant aux nouvelles indications vaccinales ou n'en
n'ont pas parlé. »
Mais
qu'en est-il parmi les médecins qui n'ont pas voulu répondre
au questionnaire ou qui ne sont pas abonnés au réseau
InfoVac ?
Qu'appelle-t-on
enfant à risque ?
Une
bonne partie du problème est là car selon la
définition la couverture vaccinale de la population visée
pourra varier de façon très importante. Or, en
moins de 2 ans cette définition s'est considérablement
élargie à la suite du débat qui a agité
le monde des experts de la tuberculose, depuis l'annonce publique de
la fin du BCG Monovax en 2005 jusqu'à la levée de
l'obligation du BCG en juillet 2007.
Il
est en effet essentiel de connaître la définition des
enfants ciblés pour cette vaccination ainsi que ses évolutions
et les débats passionnés auxquels elle a donné
lieu pour apprécier valablement et relativiser la
signification de cette couverture.
Enfants
à risque selon l'avis du CSHPF du 29 septembre 2005
C'est
le 29 septembre 2005 que le Conseil supérieur d'hygiène
publique de France (Cshpf) devenu depuis Haut conseil de santé
publique (Hcsp) va, pour la première fois, publier un
avis définissant la futur politique de vaccination BCG en
envisageant à terme la levée de l'obligation, la
suppression de la vaccination systématique et l'orientation
de la politique vaccinale vers une vaccination ciblée sur les
enfants jugés à risque élevé de
tuberculose et pratiquée le plus tôt possible après
la naissance. Cet avis définissait ainsi ces enfants pour
lesquels le BCG devrait rester fortement recommandé :
«
les enfants à risque élevé de tuberculose sont
ceux qui
répondent au moins à l'un des critères suivants
:
-
enfant né dans un pays de forte endémie
tuberculeuse
-
enfant dont au moins l'un des parents est originaire d'un de
ces pays
-
enfant devant séjourner
plus de 3 mois dans l’un de ces pays
-
enfant ayant des antécédents familiaux de
tuberculose (collatéraux ou ascendants directs)
-
enfant dans toute situation jugée par le médecin à
risque d'exposition au bacille tuberculeux. L'évaluation du
risque sera faite au cas par cas par le médecin,
en tenant compte notamment des conditions socio-économiques
défavorables ou précaires de la famille
de l’enfant, propices à la dissémination du bacille
tuberculeux.
Cette
vaccination sera réalisée par un médecin ou une
sage-femme, après avoir déterminé par
l'interrogatoire de son entourage familial si l'enfant appartient aux
groupes à risque ainsi définis. Elle sera effectuée
d'autant plus tôt, c'est à dire au mieux dès les
premiers jours de vie, que le risque, évalué par le
médecin, sera jugé plus fort. »
Quelques
jours plus tard, le 5 octobre, une circulaire de la Direction
générale de la santé (DGS) mettait en œuvre une
partie de l'avis en recommandant aux médecins et pédiatres
de vacciner à la naissance les enfants ainsi définis et
de repousser la vaccination des autres enfants au delà de
l'âge de 6 mois. La raison non évoquée dans la
circulaire étant de réduire le risque de bécégite
disséminée le plus souvent mortelle et généralement
liée à un déficit immunitaire. On admet qu'au
delà de 6 mois ces déficits sont généralement
connus et constituent alors une contre-indication formelle à
la vaccination.
Il
était donc admis à cette époque que pour les
enfants à risque élevé de tuberculose on pouvait
passer outre le risque de bécégite disséminée
pour protéger ces enfants de la complication très
grave de l'infection tuberculeuse qu'est la méningite
tuberculeuse. Notons que la Suède s'était lancée
il y a 30 ans dans une politique de vaccination à la
naissance, ciblée sur les enfants à risque (nés
de parents étrangers). Mais elle avait fait machine arrière
en 1993 en repoussant cette vaccination au delà de l'âge
de 6 mois en raison justement du risque de bécégite
disséminée. Elle avait en effet constaté 4 cas
très graves de cette complication de la vaccination sur 100
000 enfants vaccinés à la naissance. Depuis qu'elle a
repoussé cette vaccination au delà de 6 mois elle n'a
plus observé aucun cas de bécégite mortelle.
Il
est désormais reconnu par l'OMS que l'efficacité du BCG
se limite pratiquement à réduire sur les enfants le
nombre de complications de l'infection tuberculeuse mais est
pratiquement sans action sur la maladie elle-même :
le
22 février 2007, le Dr Léopold Blanc, Coordinateur
de la lutte contre la tuberculose à l'Organisation mondiale de
la santé, était
l’invité du député Jean-Pierre Door et de la
sénatrice Marie-Christine Blandin qui avaient organisé
une audition sur le sujet au Sénat. Il
déclarera :
«
pour l'OMS, le BCG est efficace uniquement pour les formes graves de
l'enfant »
confirmant
ainsi très clairement l’hypothèse pratiquement
confirmée par l’OMS dans sa
publication (REH) du 13 avril 2007 page 130 :
«
Le vaccin Calmette-Guérin actuellement utilisé date de
plus de 85 ans et n’assure une protection acceptable que contre les
formes disséminées de la maladie chez le nourrisson et
une protection minime, dans le meilleur des cas, après
l’enfance. »
Mais
nous sommes en France...où on reconnaît cependant que le
nombre de bécégites disséminées
provoquées par la vaccination généralisée
avec le Monovax était de 12 par an alors que le nombre de
méningites tuberculeuses évitées par cette
vaccination était de 16 par an...La Suède utilisait le
BCG SSI, le seul disponible en France désormais, dont
l'agressivité est reconnue plus grande et pour lequel la
France avait une expérience très limitée.
Ces
seules données posent le problème de l'utilité
réelle du BCG dans notre pays. D'ailleurs le Cshpf avait
discuté pendant des années entre la suppression totale
du BCG et une vaccination ciblée pour finalement opter pour
celle-ci. Les partisans du maintien du BCG généralisé
vont tenter d'obtenir une cible aussi large que possible et vont y
parvenir en mars 2007 :
Enfants
à risque selon l'avis du Cshpf du 9 mars 2007
Moins
de 18 mois plus tard, pendant lesquels la polémique avait fait
rage, la même assemblée, dotée du même
président le professeur Christian Perronne, publiait le 9 mars
2007 un nouvel avis qui définissait ainsi les enfants à
risque élevé de tuberculose (les
différences entre les 2 avis ont été soulignées
en rouge).
«
Vaccination fortement recommandée chez les enfants à
risque élevé de tuberculose, qui répondent au
moins à l'un des critères suivants :
-
enfant né dans un pays
de forte endémie tuberculeuse ;
-
enfant dont au moins l'un des
parents est originaire de l’un de ces pays ;
-
enfant devant séjourner au
moins un
mois d’affilée
dans l’un de ces pays ;
-
enfant ayant des antécédents
familiaux de tuberculose (collatéraux ou
ascendants directs) ;
-
enfant
résidant en Île-de-France ou en Guyane ;
-
enfant dans toute situation jugée par le médecin à
risque d'exposition au bacille tuberculeux notamment enfants vivant
dans des conditions de logement défavorables (habitat précaire
ou surpeuplé) ou socio-économiques défavorables
ou précaires (en particulier parmi les bénéficiaires
de la CMU, CMUc, AME, …) ou en contact
régulier avec des adultes originaires d’un pays de forte
endémie.
-
Tout enfant dont les parents demandent la
vaccination doit être vacciné sauf contre
indication. »
La
comparaison entre les 2 textes est très instructive : on
constate aussitôt que la définition des enfants à
risque est devenue plus contraignante et s'est considérablement
étendue :
1-
La condition sur la durée de séjour dans un pays de
forte endémie tuberculeuse a été réduite
de 3 mois à un mois.
2-
Le contact régulier avec des adultes originaires d'un pays de
forte endémie pourrait trouver son application dans des
classes où l'enseignant est originaire du Maghreb, ce qui est
assez fréquent, pour "justifier" la vaccination de
très nombreux enfants.
3-
L'enfant dont les parents demandent la vaccination doit être
vacciné est une initiative qui vient de l'audition publique
sur le BCG de novembre 2006 : un expert britannique, Watson, avait
fait un exposé sur la vaccination BCG en Grande Bretagne où
il relatait qu'après l'abandon de l'obligation vaccinale il y
avait eu des problèmes avec des parents qui voulaient qu'on
vaccine leur enfant alors que cela n'était pas prévu.
Cette réaction des parents démontre l'importance de la
propagande et de son contenu car si on expliquait vraiment les
données du problème aux parents je doute qu'ils
réclament si fort cette vaccination !
4-
Le département de la Guyane est mentionné de façon
explicite comme étant à risque élevé pour
tous sans distinguer entre les familles vivant sur la base de Kourou
et les autres habitants qui sont dans des conditions très
différentes. Sans tenir compte aussi que cette base européenne
accueille de nombreux ingénieurs étrangers et leurs
familles et que certains, comme les allemands, viennent de pays qui
ne pratiquent plus le BCG depuis longtemps.
5-
Mais c'est surtout la clause "tout
enfant résidant en Île-de-France"
qui accroit considérablement l'étendue de la cible. Il
faut donc s'interroger sur les raisons d'un tel changement.
En réaction
à la grève du BCG, le coup de force du Cshpf ?
Il
faut rappeler qu'après la disparition du Monovax et son
remplacement par le BCG SSI la polémique avait fait rage dans
notre pays : pédiatres et médecins furent très
nombreux à refuser de pratiquer cette vaccination. En 2006,
alors que le BCG était toujours obligatoire, la pratique
vaccinale chuta d'au moins 50%, y compris à Paris malgré
les exigences illégales et exorbitantes de la PMI parisienne
(« pas de BCG, pas de crèche,
la contre-indication ne relève pas de la vie en
collectivité »).
La
commission nommée en février 2006 par le Directeur
général de la santé devait remettre sa copie en
juin. Elle fut incapable de trouver un consensus et c'est dans une
ambiance délétère que le ministre de la santé
demanda alors à la Société française de
santé publique (Sfsp) d'organiser une audition publique sur la
levée de l'obligation du BCG pour les enfants.
Cette
audition s'est tenue pendant 2 jours pleins les 13 et 14 novembre
2006 : experts épidémiologistes, membres et président
du Cshpf, médecins de terrain, PMI, juristes et sociologues
ont débattus en publique et en présence des 20 membres
de la commission d'audition composée de médecins,
juriste, sociologue et aussi de représentants d'associations
et de journalistes. Après avoir siégé à
huis clos pendant 2 jours la Commission publiera ses recommandations
en décembre 2006 dans un rapport de 40 pages.
La
totalité des débats, y compris les interventions faites
depuis la salle, ont été rassemblés dans un
ouvrage de près de 400 pages réalisé par la Sfsp
"Audition
publique sur la vaccination des enfants par le BCG. Levée de
l'obligation vaccinale ?"
J'ai même eu le plaisir d'y trouver les 4 interventions que
j'avais pu faire depuis la salle. Reprendre toutes ces interventions
spontanées à partir d'un enregistrement audio fut un
travail énorme qu'il faut saluer à sa juste valeur.
Cette ouvrage constitue ainsi un formidable outil de travail sur
lequel des sociologues ont aussitôt voulu se pencher. Il est
diffusé par la Sfsp à partir de son site
(http://www.sfsp.fr "boutique"
au prix de 15 €)
Les
recommandations de la commission d'audition
Le
président de la Commission d'audition, le professeur
Jean-Louis San Marco de l'hôpital de la Timone à
Marseille, s'était exprimé à la fin de
l'audition, le 14 novembre, en s'opposant très fermement au
ciblage géographique soutenu par certains. Il a alors déclaré
à ce sujet (page 313) :
« Le
ciblage géographique, et on vous a posé la question, si
on s'amusait à dire que Guyane, Paris, même combat,
vous êtes tous dans des zones sous-développées et
surexposées, on va vous vacciner. J'imagine les bourgeois du
7e ou du 16e, la gueule qu'ils vont faire, d'être mélangés
avec les gens du 18e, "mais qu'est ce que c'est que cela" ?
Donc, peut-être ciblage géographique, mais à
quel niveau faut-il aller ?
Il
n'empêche que si on veut faire un ciblage géographique,
et qu'on le présente comme ça, il
faudra un certain degré d'hypocrisie pour le faire accepter de telle façon qu'on puisse avoir une discrimination qui
ne soit pas stigmatisante. Et ça n'est pas évident. »
(Notons
qu'il s'agit d'une déclaration orale spontanée, donc
dans le style propre à la conversation. A relire mes propres
interventions je m'exprimais de la même façon, comme
chacun de nous en pareil cas...)
Remarque
Pour
ne pas se méprendre sur le sens du mot discrimination utilisé
dans ce contexte, il faut savoir qu'au cours de cette audition le
sociologue Michel Setbon, d'ailleurs membre de la Commission, était
intervenu pour rappeler que discriminer veut simplement dire
dissocier, séparer selon certains critères et ne
véhiculait donc aucune connotation péjorative
particulière. C'est le terme stigmatisé qui signifie
ce qu'on entend le plus souvent par discriminatoire. La veille, le
président de la Commission avait remercié ce sociologue
pour sa distinction entre discrimination et stigmatisation (page
154).
La
Commission d'audition avait recommandé la levée de
l'obligation du BCG sauf pour la Guyane et recommandait que le BCG
soit effectué après une évaluation INDIVIDUELLE
du niveau de risque et ce dès le suivi de la grossesse, à
la naissance et lors de la visite du premier mois :
« L'évaluation
se fait au cours d’un dialogue avec les parents permettant
d’aboutir à un consentement éclairé. Elle
permet d’informer les parents sur la tuberculose, les risques de
contamination et les avantages et les inconvénients du
vaccin.. »
L'idée
pouvait être bonne en soi mais le problème était
que cette évaluation devait être systématique
pour tous les enfants de France et que même si le temps
consacré était seulement d'un quart d'heure par enfant
cela ferait 200 000 heures de médecins pour les 800 000
naissances annuelles !!! Le ministère a eu vite fait ses
comptes et ne pouvait évidemment retenir une aussi riche
idée...Une idée de riche...
Sorti
par la porte, le BCG pourrait-il revenir par la fenêtre ?
La
commission avait retenu les critères de l'avis du Cshpf de
septembre 2005 mais en y ajoutant le contact d'un enfant avec un
adulte originaire d'un pays de forte endémie et aussi un
contact au second degré : contact d'un enfant avec un adulte
lui-même exposé comme « personnels
soignants, policiers, expatriés (anciens ou à venir),
services sociaux, organismes caritatifs ou humanitaires, personnel
pénitentiaire, détenus… ».
Aussi,
le BCG devait être vivement recommandé non seulement si
la nounou était d'origine africaine par exemple mais aussi
avec un papa policier ou une maman infirmière, entre autres !
Avec de telles définitions on peut se demander quel enfant de
France y échapperait ? Sorti par la porte, le BCG allait-il
revenir par la fenêtre ?
Fort
heureusement, le Cshpf n'a pas retenu la dernière clause d'une
exposition au second degré qui était quelque peu
perverse...Ce n'était peut-être pas la volonté du
président de la Commission mais il a eu à faire à
une très forte opposition au sein de la Commission par les
partisans du maintien de l'obligation et de la pratique généralisée,
en particulier, très vraisemblablement de la part de la PMI de
Paris qui était représentée.
Cette
clause avait été évoquée au cours de
l'audition et sa présence dans les recommandations de la
Commission témoigne des manœuvres de ceux qui, à
défaut de l'obligation, tentaient de maintenir une pratique
aussi généralisée que possible en récupérant
ainsi le terrain perdu.
Les
partisans du maintien de l'obligation ont-ils totalement désarmé
pour autant ?
Rien
n'est moins sûr comme en témoigne la recommandation de
vaccination pour tous les enfants résidant en Île-de-France.
Cela entraîne automatiquement une couverture vaccinale très
moyenne sur les enfants ciblés et permet donc de relancer
l'idée que la politique suivie ne fonctionne pas. Aussi, selon
une étude
commandée par le ministère en juillet 2008 à
l'InVS pour évaluer la couverture vaccinale des enfants visés
par les recommandations il est prévu de renforcer
la surveillance des enfants ciblés et des médecins
vaccinateurs
:
« Suite
à la suspension de l'obligation vaccinale, d‘une part, et au
refus par une proportion importante de médecins
vaccinateurs de pratiquer la vaccination intradermique, d‘autre
part, le risque existe que la couverture vaccinale des populations
à risque diminue. Il est très important de pouvoir
identifier précocement un tel phénomène. Or, si
une modification des certificats de santé du 9e et du 24e mois
est envisagée pour inclure un item
concernant l‘appartenance de l‘enfant aux populations concernées
par la recommandation vaccinale, la mise en œuvre effective
de cette modification et la disponibilité de l‘information
nécessitera environ 3 ans. Il est donc nécessaire de
mettre en place des outils permettant de disposer
d‘indicateurs précoces d‘une diminution de la couverture
dans les populations ciblées. Par ailleurs, dans ce
contexte de changement de politique vaccinale, il est important de
disposer d'une évaluation des pratiques vaccinales BCG par
les médecins vaccinateurs. »
Etait-il
vraiment raisonnable de penser qu'une fois l'obligation levée
la vaccination allait reprendre à Paris et sa région
alors qu'elle avait chuté de 50% entre 2005 et 2006 ? Pendant
18 mois, familles, pédiatres, médecins, ont attendus
avec impatience et ont accueillis avec joie et soulagement la fin de
l'obligation (enfin ! ont soupiré plus
d'un pédiatre...) et on voudrait croire qu'après
cet crise sanitaire pour le moins agitée la vaccination allait
reprendre à Paris pour dépasser les 90% ?
Soyons
lucide : si la vaccination s'est maintenue par la suite au niveau où
elle était en 2006 il ne fallait pas en espérer
davantage. Mettre toute l'Île-de-France dans la cible alors que
le département des Yvelines a un taux global de tuberculose de
8 pour 100 000 comme la moyenne nationale est une aberration, de même
pour certains quartiers parisiens comme le disait le président
de la Commission, "une hypocrisie".
Mais
"ils" l'ont fait : alors que fin décembre le Cshpf
avait été saisi par le ministère pour définir
les modalités de mise en œuvre des recommandations de la
Commission et non pas pour balayer ses recommandations. Le 8 juin
2006 j'ai pu entendre de vive voix le président de cette
Commission manifester son mécontentement à ce sujet.
On
peut donc penser que oui il s'agissait bien là d'un coup de
force du Cshpf ou de certains de ses membres, mais pour quelles
raisons ? Tenter de maintenir une vaccination aussi généralisée
que possible à Paris et sa région ? Ils savaient
parfaitement que cela ne se réaliserait pas, ce qui
permettrait de "justifier" ce qui est en train de se mettre
en place, une surveillance de plus en plus étroite des enfants
ciblés et des médecins vaccinateurs. CQFD ou plutôt
CQFO, ce qu'il fallait obtenir ?
Bientôt
une pancarte pour les enfants ciblés ?
L'affaire
est assez énorme car elle signifie par exemple qu'un enfant né
dans une famille bourgeoise du 16e ou des Yvelines et qui aurait un
déficit immunitaire non diagnostiqué à la
naissance serait condamné à mort par le BCG qu'il
devrait recevoir à la naissance selon les recommandations.
Même si on n'aime pas les bourgeois ce n'est pas une raison
pour souhaiter la mort de leurs enfants, surtout de cette façon
qui s'apparente pratiquement à un crime car si les mesures ne
visent pas tel ou tel enfant en particulier on sait que cela
arrivera, chez les bourgeois comme chez les immigrés
précaires.
Il
faut réaliser que les recommandations actuelles sont
beaucoup plus dures que celles qui étaient recommandées
alors que le BCG était encore obligatoire : la
circulaire de la DGS du 5 octobre 2005 recommandaient, pour un tel
enfant classé à faible risque de tuberculose,
d'attendre au moins 6 mois avant de lui faire le BCG, ce qui
pouvait permettre de déceler le déficit immunitaire
avant de lui infliger la vaccination mortelle pour lui.
Sans
aller jusqu'au déficit immunitaire mortelle en cas de BCG il y
a aussi toutes les complications, beaucoup plus nombreuses, qui
conduisent à un traitement prolongé de la complication
vaccinale par des antituberculeux comme l'isoniazide, la rifampicine
ou les deux. Un jeune enfant traité ainsi sera perturbé
à vie dans son fonctionnement organique (foie en particulier)
avec toutes les conséquences pour son développement et
son espérance de vie qui s'en trouvera forcément
abrégée.
Tout
cela les experts du Cshpf le savent et plus encore. Alors que
cherchaient-ils ? Que cherchent ceux qui poussent aujourd'hui à
la mise en place de cette surveillance pour faire remonter une
couverture vaccinale jugée trop faible mais dont la faiblesse
est surtout due à l'élargissement artificiel, très
contesté et contestable de la cible ? Et si c'était
justement pour permettre la mise en place de cette surveillance qui
est une route dont les fonctions pourront ensuite être étendues
? On peut construire une route pour des touristes et des randonneurs
cyclistes pour ensuite y faire passer des chars militaires...
D'ici
trois ans les carnets de santé des enfants comporteront un
item, une pancarte, mentionnant leur appartenance à un groupe
à risque élevé de tuberculose. Et parmi ces
enfants il y en aura beaucoup qui ne le seront pas plus que bien
d'autres vivant en province et qui n'auront pas la pancarte dans le
dos. Nous nous habituerons ainsi à voir cette pancarte et
finirons par juger sa présence normale. Alors d'autres
pancartes pourront voir le jour...
De
même pour les médecins et pédiatres qui seront
notés en fonction de leur zèle à faire ou non le
BCG -un vaccin d'une efficacité
extrêmement limitée- aux enfants prétendument
à risque élevé de tuberculose. Ils seront
nombreux, espérons-le, à ne pas le faire, mais certains
céderont devant la pression à laquelle ils
s'habitueront pour accepter ensuite d'autres pressions et d'autres
contrôles.
Une cible
très contestable et contestée
Les
critères retenus pour définir la cible ont donné
lieu à des réactions vives et des débats
passionnés. Il y avait tous les ingrédients pour cela :
il suffit de considérer le premier critère "enfant
né dans un pays de forte endémie"
pour le comprendre. Un tel enfant, né par exemple en Afrique et arrivant en France sera d'abord testé
avant d'être vacciné car il aura sûrement plus de
quelques semaines. S'il est positif il ne sera pas vacciné et
s'il est négatif on pourra dire qu'il n'avait pas été
contaminé en Afrique. Son risque de contamination sera alors
lié à ses conditions de vie en France et non pas au
fait d'être né en Afrique.
Ce
sont donc les conditions en France qui devraient être prises en
compte et non pas le lieu de naissance. Il est reconnu qu'on observe
plus de tuberculose parmi les enfants nés en Afrique et vivant
en France que parmi ceux nés en France mais cela doit être
lié au fait que souvent ces familles venues d'Afrique vivent
en France dans des conditions précaires.
Mais
ils peuvent être aussi les enfants des ambassadeurs des pays
africains en France ou encore les enfants des ambassadeurs français
en Afrique quand ils reviennent en France, ou encore d'enseignants et
d'ingénieurs français. Tous ces enfants vont vivre en
France dans de bonnes conditions et s'ils n'ont pas été
contaminés pendant leur séjour en Afrique ils ne seront
pas plus à risque que les autres enfants de mêmes
conditions.
On
voit donc sur cet exemple combien ce critère du Cshpf est
discriminatoire et contestable. Le second critère n'est guère
meilleur : enfant né d'un parent originaire d'un pays de forte
endémie. Il suffit de penser aux enfants de Barack Obama pour
saisir sa valeur. Quant au critère "enfant
né en Île-de-France"
il avait été très sévèrement jugé
par le président de la Commission d'audition qui n'en voulait
absolument pas.
Tout
cela offrait l'occasion d'intenses polémiques que les tenants
de la vaccination obligatoire et généralisée ont
largement alimenté pour tenter de "justifier" son
maintien alors qu'il existait une autre solution toujours possible,
l'abandon total de cette vaccination comme l'ont fait nombre de nos
voisins européens.
Lutte
contre la tuberculose par BCG ciblé : une erreur de cible !
Quel
est la véritable cible ? Lutter efficacement contre la
tuberculose et améliorer la santé des populations, ce
qui n'est nullement synonyme de surveiller la couverture vaccinale.
Selon
les études menées par l'OMS l'efficacité du BCG
à la naissance est loin d'être aussi efficace qu'on a
voulu nous le dire pour justifier cette vaccination à ce
moment là. Page 67 d'un gros document de 220 pages publié
par l'OMS sur la tuberculose [3], on peut lire :
« Dans
de nombreux pays, on administre le BCG aux nouveau-nés et
pourtant on observe des tuberculoses pulmonaires chez l’enfant.
Cela montre les limites du vaccin qui semble donner une meilleure
protection contre la tuberculose miliaire ou la méningite
tuberculeuse que contre la tuberculose pulmonaire.
L’efficacité
du BCG varie d’une région à l’autre sans que l’on
sache tout à fait pourquoi. Le moment de la vaccination est
sans doute l’un des problèmes. Dans les pays en
développement, où la tuberculose est fréquente,
les enfants sont souvent exposés très tôt dans la
vie et il faut donc les vacciner le plus vite possible, c’est-à-dire
juste après la naissance.
Pourtant,
le système immunitaire des
nouveau-nés peut être encore trop immature pour pouvoir
produire une réaction efficace à la vaccination.
Le
BCG est plus efficace lorsqu’il est administré aux enfants d’âge scolaire
mais, dans les collectivités où la tuberculose est
fréquente, c’est beaucoup trop tard pour protéger
l’enfant de la maladie. La malnutrition et des infections graves,
comme le VIH ou la rougeole, font partie des autres facteurs qui
limitent l’efficacité de ce vaccin. »
Ce
texte permet de mieux mettre en évidence la confusion
généralement entretenue sur l'efficacité du BCG
: on nous a beaucoup dit, en particulier pour justifier la
vaccination à la naissance, que le BCG était plus
efficace à cet âge. L'OMS nous apprend que c'est faux.
Cette affirmation maintes fois répétée
correspond seulement au fait qu'il existe des enfants qui peuvent
être exposés très tôt à la
contamination tuberculeuse et qu'on souhaite naturellement protéger.
La question est de savoir si leur vaccination à la naissance
est la meilleure et la seule formule alors qu'on sait parfaitement
que le nourrisson répond mal à cette vaccination. Le
document OMS poursuit ainsi :
« Les
enfants présentant rarement une tuberculose à frottis
positif (contagieuse), il est improbable qu’ils deviennent une
source importante de contamination et la maladie résulte donc
principalement de l’échec de la lutte antituberculeuse
chez l’adulte, c’est-à-dire le fait de ne pas guérir
les cas contagieux (les patients atteints de tuberculose à
frottis positif). Si la première des priorités
consiste à guérir les adultes contagieux, il n’en
est pas moins important de traiter les enfants atteints!
En
interrompant la chaîne de transmission, le traitement des cas
contagieux de tuberculose constitue, du point de vue de la santé
publique, la meilleure prophylaxie de cette maladie. »
Traiter
les nourrissons exposés avant de les vacciner !
Si
le BCG était si efficace chez les nourrissons on devrait
pouvoir se reposer sur lui, mais l'OMS semble préférer
le traitement préventif des nourrissons exposés :
« Depuis
de nombreuses années, l’OMS recommande par exemple la
prophylaxie à l’isoniazide chez l’enfant qui est en
contact à son domicile avec un cas index contagieux de
tuberculose et qui, après examen, se révèle
indemne de la maladie. (page 213) »
L'OMS
va plus loin encore en recommandant de traiter pendant 9 mois les
nourrissons fortement exposés (allaités par une mère
tuberculeuse) AVANT de leur faire le BCG ! (page 218)
« Les
nourrissons allaités par des mères atteintes de TBP
courent un risque élevé d’être infectés
et de développer la tuberculose. Ils doivent suivre un
traitement à l’isoniazide pendant 6 mois, puis être
vaccinés par le BCG. L’autre possibilité consiste à
administrer l’isoniazide pendant 3 mois puis à faire une
intradermoréaction à la tuberculine. Si celle-ci est
négative, on arrête l’isoniazide et on administre le
BCG. Si elle est positive, on continue l’isoniazide pendant 3
autres mois avant de l’arrêter et d’administrer le BCG. »
Pourquoi
cela ? On le sait depuis longtemps, il ne faut pas faire le BCG à
une personne infectée car la réaction pourrait être
très grave. C'est d'ailleurs la raison du test tuberculinique
préalable qui n'offre cependant qu'une garantie limitée
: il faut au moins 1 mois après une contamination pour que le
test devienne positif; même non contaminée le jour de la
vaccination la personne peut l'être dans les semaines qui
suivent et c'est tout aussi grave. Il existe de multiples causes
pouvant rendre négatif un test qui devrait être positif,
comme la rougeole mais aussi, paradoxalement, la tuberculose. Voici
l'énumération donnée par l'OMS (page 74) :
- infection
par le VIH
-
malnutrition
-
infections bactériennes sévères, y compris la
tuberculose elle-même
-
infections virales, par exemple la rougeole, la varicelle, la
mononucléose infectieuse
-
cancers
-
médicaments supprimant l’immunité, comme les
corticoïdes
-
injection mal faite de la tuberculine
La
ligne Maginot de la couverture vaccinale
Nous
constatons que beaucoup d'efforts et de moyens sont dépensés
pour évaluer une couverture vaccinale dénuée de
toute signification réelle par rapport au seul véritable
problème : une lutte efficace contre la tuberculose. Si une
maman tuberculeuse contagieuse donne naissance à un bébé
il est illusoire et dangereux de s'imaginer que le BCG effectué
aussitôt après la naissance pourrait protéger
l'enfant. Au contraire, toutes les expériences menées
il y a longtemps sur les animaux et les nombreuses observations sur
l'homme ont démontré que la simultanéité
à plusieurs semaines près de la contamination et de la
vaccination aggrave les conséquences de la contamination.
Ce
sont d'ailleurs ces observations qui ont conduit au test
tuberculinique préalable afin d'éviter de vacciner un
contaminé. Ce test est inutilisable sur un nourrisson car il
faut au moins un mois après la contamination pour que le test
devienne positif. C'est pourquoi le BCG est réalisé
sans test préalable sur les nourrissons de quelques semaines.
Un test négatif ne garantit donc nullement l'absence de
contamination avant la vaccination. De plus, cette contamination peut
se produire après la vaccination alors qu'il faudrait l'éviter
pendant une période proche de 2 mois pour que le BCG puisse se
montrer utile et non pas facteur aggravant.
La
meilleure façon de protéger les nourrissons serait de
rechercher la tuberculose sur les futures maman à risque ainsi
que dans leurs familles puis de soigner les malades AVANT la
naissance de l'enfant. Au cours de l'audition publique sur le BCG,
j'étais intervenu sur ce thème. Voici mon intervention
telle que reproduite page 180 :
« Cela
va être un gaspillage de moyens considérables, pour
rien, alors que si on veut vraiment rendre service aux populations à
risque -on ne leur rend pas service en vaccinant les enfants du 16e
arrondissement ou du Poitou-Charentes- cela ne leur servira
absolument à rien. Par contre si l'argent ainsi économisé
-puisque vous parliez de moyens, de moyens constants en quelque
sorte- si l'argent ainsi économisé dans ces BCG
inutiles était reconverti dans d'autres moyens, on pourrait
leur rendre service.
On
pourrait par exemple faire une enquête autour d'un futur bébé
quand la maman est dans un milieu à risque ou à haut
risque de tuberculose. Pourquoi ne pas diligenter une enquête
dans cette famille, soigner les tuberculeux qui pourraient
éventuellement s'y trouver. L'enfant pourrait ainsi éviter
la contamination après la naissance, ce qui n'est jamais bon,
même s'il a eu le BCG avant. On pourrait aussi éviter le
BCG à la naissance, si tôt il n'est pas forcément
très bon non plus, le système immunitaire n'est pas
prêt et on a plus d'accidents quand on vaccine à la
naissance qu'au delà de 6 mois.
Et
on pourrait ainsi faire comme en Suède -pas à 100% bien
sûr- pour les populations les plus à risque et pour
lesquelles cette enquête aurait pu être menée, de
repousser la vaccination au delà de l'âge de 6 mois,
donc d'avoir une meilleure sécurité au niveau des
bécégites disséminées et du dépistage
des déficits immunitaires. »
Pour
une vraie lutte contre la tuberculose
La
levée de l'obligation du BCG avait été liée
à la mise en place d'un plan de lutte contre la tuberculose.
Ce plan n'a pas retenu l'idée simple que je proposais et qui a
été reprise quelques heures plus tard par un médecin
intervenant à la tribune, parlant même d'une mesure
sympathique et qui serait facilement acceptée par les
populations puisqu'il s'agissait de protéger un bébé.
Mais le plan tuberculose n'a pas retenu cette idée. Pourquoi
alors que le dépistage dans les familles et les groupes à
risque est prévu et qu'il n'est pas facile pour les services
de santé de débarquer à l'improviste dans une
famille ?
Il
y a seulement quelques années, les services de santé
passaient dans les écoles pour y rechercher les négatifs
au test tuberculinique afin de les revacciner alors qu'on savait
depuis des décennies que ce test ne permettait pas de tester
l'immunité antituberculeuse et que les revaccinations BCG ne
servaient à rien. Depuis fin 2004 c'est enfin reconnu en
France alors que l'OMS l'avait formulé en 1995 et la
littérature depuis 1970 pour les humains et 1930 par
l'expérimentation animale...
Cette
fixation sur la couverture vaccinale avait généré
des drames comme celui du lycée Jules Ferry du 9e
arrondissement de Paris en décembre 1999 et dont le journal Le
Monde avait fait état sur une page entière annoncée
en première page avec une photo en couleur de mycobacterium
tuberculosis (bacille de Koch) : en janvier 1997 une jeune
vietnamienne en classe de seconde est dépistée très
fortement positive et invitée à passer un examen
radiologique qui sera fait en avril; le radiologue confirme la
tuberculose mais l'affaire en restera là; en décembre
1999, l'adolescente est en classe de terminale, elle crache du sang
et sera hospitalisée à l'hôpital Cochin dans le
service des démunis. Etant devenue contagieuse, le lycée
est en alerte rouge.
Comment
expliquer que les services de santé aient pu laisser tomber le
suivi de cette lycéenne ? Parce qu'ils étaient
uniquement obnubilés par la couverture vaccinale au lieu de se
concentrer sur la tuberculose. L'essentiel pour eux était de
rechercher les négatifs pour les vacciner plutôt que
les positifs pour les surveiller et, le cas échéant
les soigner. On pouvait espérer qu'enfin la page allait se
tourner. Mais non, les vieilles habitudes reprennent le dessus : on
mobilise des experts, des institutions et le temps des médecins
pour surveiller une couverture vaccinale dénuée de
toute signification pour promouvoir un vaccin dont l'efficacité
réelle contre la tuberculose est quasi nulle alors qu'il y a
bien d'autres actions à mener autrement plus utiles.
Mais
ce sont des actions de terrain alors que nos experts préfèrent
comptabiliser les fiches de vaccination et calculer des pourcentages
dépourvus de signification et d'utilité. Pas moins de
10 experts et médecins ont organisé la réalisation
de l'enquête, analysé et commenté les résultats,
sans compter les 285 médecins et pédiatres qui ont pris
du temps pour répondre aux questionnaires. Tout cela pour
constater que l'échantillon de médecins n'étant
pas du tout représentatif et ayant favorisé la
sélection de médecins motivés par la
vaccination, il est fort probable que les chiffres sont surévalués
et que la prochaine fois il faudra faire autrement...
Est-il
permis de formuler le vœux qu'il n'y ait pas de prochaine fois et
que ces expertises vaccinales désuètes laissent enfin
la place aux vrais problèmes.
[1]
Publication InVS - Vaccination par le BCG en médecine libérale
après la levée de l'obligation vaccinale. Couverture
vaccinale chez les enfants de moins de deux ans, pratiques des
médecins et comportement des parents vis-à-vis de la
vaccination : résultats d’une enquête nationale
réalisée en février-mars 2008
[2]
Publication Inpes - Point sur la vaccination : la tuberculose
[3]
Publication OMS en ligne par morceaux. Chercher la page dans la table
des matières et cliquer sur le chapitre.