05 mai 2008
Sur l’histoire du sigle BCG
Que veut-dire BCG ? Question très
fréquemment posée dont la réponse est a priori très simple : Bacille de
Calmette et Guérin. Mais le choix de ce nom a une histoire qui n’est peut-être
pas qu’anecdotique. Guérin avait proposé à Calmette d’appeler leur vaccin le
Bacille Bilié en raison du rôle fondamental joué par la culture du bacille de
Koch en milieu bilié. Calmette refusa et préféra que son nom et celui de son
collaborateur soient associés au bacille qu’ils avaient crée. Mais pour quelle
raison a-t-il refusé la proposition de Guérin ? Uniquement par
vanité ? C’est le seul vaccin qui porte le nom de ses créateurs, mais la
réponse n’est peut-être pas aussi simple.
La culture en milieu bilié
Toute l’histoire du BCG est parti d’une
découverte fortuite faite il y a juste 100 ans, en 1908 : la culture d’un
bacille tuberculeux virulent sur un milieu de culture constitué de morceaux de
pommes de terre cuits à 70° C dans de la bile de bœuf contenant 5% de glycérine
puis autoclavés à 120° atténuait la virulence du bacille. Dotés de cette
connaissance, Albert Calmette, qui était médecin, et Camille Guérin, qui était
vétérinaire et expérimentateur, se lancèrent dans une grande aventure en
poursuivant la mise en culture par repiquages successifs. Ils espéraient
obtenir ainsi un bacille de plus en plus atténué. Les cultures successives
étaient transplantées de 3 semaines en 3 semaines. De façon progressive et
graduée les bacilles perdirent leur virulence initiale comme cela fut démontré chez
le veau puis chez le cobaye. Au bout de 13 ans, à l’issu du 231e
passage, ils ont considéré qu’ils avaient obtenu une souche pouvant être
utilisée comme vaccin. Au départ ils ne savaient évidemment pas combien de
temps il faudrait pour obtenir un bacille suffisamment atténué ni même si ce
serait possible.
Pour entretenir les bacilles vivants il
fallait les maintenir en culture. La souche initiale a été donné à plusieurs
laboratoires dans le monde et son entretien par chacun d’eux a conduit à la
création de souches sensiblement différentes comme la souche suédoise
Gothenburg maintenant abandonnée, la souche japonaise et celle de Copenhague,
la souche SSI.
Quelques temps après, en juillet 1921,
Weil-Hallé demandera l’autorisation à Calmette pour vacciner le premier être
humain, un nourrisson né d’une mère tuberculeuse décédée à la naissance de
l’enfant qui sera élevé par sa grand-mère, elle-même tuberculeuse. Le BCG avait été administré par voie
orale aux 3e, 5e, et 7e jours après la
naissance.
Parallèlement aux premières vaccinations
humaines, de très nombreuses expérimentations animales seront menées avec le
BCG dans plusieurs pays car il y avait aussi l’objectif de la lutte contre la
tuberculose bovine qui provoquait d’importants ravages dans les élevages et
était source de contaminations humaines, en particulier par le lait. Ces
nombreuses expérimentations conduiront, après 1950, à l’interdiction
internationale* du BCG chez les bovins et les ovins alors que plusieurs pays généraliseront ou rendront obligatoires
la vaccination BCG chez les humains voire chez les nourrissons…D’autres pays,
comme les USA, renonceront à l’utiliser après l’avoir essayé sur des
populations de réserves indiennes dès 1930 (Aronson), des populations Noires de
New York (Lévine et Sacket) et des expérimentations sur le cobaye avec des
poussières de silice, dans l’espoir déçu de lutter contre la tuberculose du
mineur.
Le bacille ou la bile ?
Une fois le bacille découvert on se
posera longtemps la question de savoir s’il pouvait retrouver sa virulence
originelle. Il y eut de très intenses polémiques à ce sujet car de nombreux
faits difficiles à interpréter pouvaient donner à le penser. Pourtant il est
aujourd’hui admis que ce bacille, qui a d’ailleurs connu de nombreuses autres
cultures ayant encore atténué sa virulence, ne revient pas en arrière pour
retrouver la virulence d’un bacille tuberculeux. En soi, l’existence même du
BCG -en tant que bacille et non pas de vaccin- est une remarquable découverte
qui démontre le formidable pouvoir de la bile qui participe chaque jour à la
nourriture de notre corps car nos aliments sont imprégnés de sels
biliaires.
Calmette aurait pu être mieux inspiré
s’il avait jugé ainsi pour rechercher dans la bile le facteur actif afin de
tenter d’en faire un remarquable médicament contre la tuberculose.
Malheureusement il préféra promouvoir le bacille en pensant que sa présence
dans le corps allait protéger contre la tuberculose. Il voulut donc faire de sa
découverte un vaccin alors qu’une autre voie était possible Il ne faut pas confondre le bacille obtenu par
Calmette et Guérin avec les propriétés de la bile qui sont à l’origine de
l’élaboration de ce bacille qui paraît stabilisé dans sa virulence par l’action
de la bile. De toute évidence Calmette tenait plus au bacille qu’à la bile.
Ainsi, on a voulu
résoudre le problème de la tuberculose par l’introduction hasardeuse dans les
organismes de ce bacille vivant alors que la bile contient de manière certaine
des éléments atténuateurs et stabilisateurs du bacille virulent. De plus, on
sait que 95% des personnes infectées par le bacille tuberculeux résistent
spontanément à cette infection mais on ne sait toujours pas en quoi consiste
cette immunité alors que nous "mangeons" chaque jour
notre propre bile qui est ainsi notre première nourriture fondamentale. Il y a
donc là une piste inexplorée.
Un autre choix est toujours possible…
La recherche
scientifique tente actuellement de recycler le bacille en y recherchant des
éléments qui seraient protecteurs. Il n’y a aucune garantie dans cette
direction toujours aussi hasardeuse alors que la bile en offre la
certitude : l’existence même du BCG, en tant que bacille et non en tant
que vaccin, en constitue la preuve la plus éclatante. La découverte de ce bacille
fut donc une très grande découverte alors que son usage en tant que
vaccin s’est révélé fort médiocre. Un autre choix est toujours possible.
Un informateur m’a dit un jour que ce
n’était pas Calmette qui serait à l’origine de la découverte initiale sur le
rôle de la bile mais un chercheur français qui aurait apporté sa découverte à
Calmette qui travaillait à l’Institut Pasteur de Lille sur la tuberculose. Je
n’ai évidemment pas les moyens de vérifier une telle affirmation mais le fait
que Calmette ait rejeté la proposition de Bacille Bilié faite par Guérin et
qu’il se soit entièrement focalisé sur la promotion de son bacille et sur sa
promotion personnelle en préférant éclipser la bile par son nom plutôt que de
lancer des recherches sur son rôle, paraissent en faveur de cette affirmation.
Quoi qu’il en soit, puisque la
littérature ancienne désignait souvent le BCG par Bacille Bilié, cette idée
pourrait être reprise, non pas pour changer un nom universellement attribué,
mais pour réorienter la réflexion et la
recherche à son sujet. En 2004 l’Europe a donné 30 millions d’euros pour la
recherche d’un meilleur vaccin contre la tuberculose mais personne ne veut
faire des recherches pour approfondir le rôle de la bile dans la tuberculose,
un siècle après que cette découverte fondamentale ait été faite. Dommage et
navrant…
* De manière plus précise un règlement international
interdit l’exportation d’animaux positifs au test tuberculinique, ce qui a
conduit les différents pays dont la France, à interdire le BCG sur les animaux
d’élevage. La méthode de lutte sera de pratiquer régulièrement des tests
tuberculiniques sur les animaux avec abattage des positifs. De nombreux pays,
dont la France, ont pratiquement éliminé la tuberculose bovine de leur
territoire. La méthode est drastique mais efficace. Elle pourrait être aussi
efficace chez l’Homme si on disposait d’un traitement peu nocif et capable de
transformer rapidement un contagieux en non contagieux. Des médicaments
existent depuis 50 ans pour cela mais leur nocivité et la propagande vaccinale
ont contribué à leur mésusage source de résistance et à la stérilisation de la
recherche.