19 mars 2008
24 mars 2008 : Journée Mondiale de la Tuberculose
Comme chaque année ce 24 mars sera la Journée mondiale de
la tuberculose présentée
ainsi par l’OMS :
« La Journée mondiale de la tuberculose a pour but de faire mieux connaître l’épidémie mondiale de tuberculose et les efforts entrepris pour éliminer la maladie. Un tiers de la population mondiale est aujourd’hui infecté par le bacille tuberculeux. Le Partenariat Halte à la tuberculose, réseau d’organisations et de pays qui luttent contre cette maladie, organise cette journée pour montrer l’ampleur de l’épidémie et présenter les moyens de prévention et de traitement.
La Journée mondiale de la tuberculose, célébrée chaque année le 24 mars, commémore la présentation par le Dr Robert Koch à un groupe de médecins, en 1882 à Berlin, de sa découverte du bacille de la tuberculose, qui a marqué le début des efforts entrepris pour diagnostiquer et traiter la maladie. Dans ce domaine, l’action de l’OMS vise à réduire de moitié, d’ici 2015, la prévalence et le nombre de décès. »
L’OMS propose aussi des liens pour la
préparation de cette journée.
Pour les organisateurs
- Dossier pour la campagne 2008 [pdf 217ko]
- Messages clés [pdf 91ko]
- Téléchargez le slogan [pdf 337ko]
Liens connexes
- Partenariat Halte à la tuberculose-en anglais
- En savoir plus
sur la tuberculose
Parmi
les messages clés de l’OMS :
Un
problème mondial majeur :
« Malgré les
progrès récemment enregistrés, la tuberculose demeure un problème majeur de
santé publique dans le monde avec, chaque année, près de neuf millions de cas
nouveaux et plus d’un million et demi de décès. Il est indispensable que les
gouvernements s’engagent sans plus attendre à combattre plus activement la
tuberculose sur leur territoire. »
Chaque action individuelle
compte :
« Chacun peut
faire quelque chose pour stopper la tuberculose et chaque action
individuelle compte. En 2008, nous célébrerons les actions de tous ceux
qui, de par le monde, unissent leurs efforts pour stopper la
tuberculose. »
La
tuberculose génère la pauvreté :
« Il est
maintenant prouvé que les pays les plus durement touchés par la tuberculose
peuvent récolter en moyenne le décuple des investissements consentis aux fins
du diagnostic et du traitement de la maladie, à la condition qu’ils exécutent
le plan mondial Halte à la tuberculose.
Les souffrances
humaines liées à cette maladie étaient une raison suffisante de la combattre,
mais nous savons maintenant qu’en cherchant à l’éliminer, nous pouvons aussi
aider à réduire la pauvreté ».
Ce
point mérite d’être commenté car la formule usuelle était : pour lutter
contre la tuberculose il faut d’abord réduire la pauvreté. L’OMS affirme
aujourd’hui que la tuberculose génère de la pauvreté. En effet, les adultes
touchés ne peuvent plus assumer leur famille et deviennent au contraire à sa
charge. Ainsi, dans une telle famille, les enfants doivent assurer eux-mêmes
leurs besoins matériels tout en étant à risque de contacter la maladie.
Dossier
OMS pour la campagne 2008 :
J’ai retenu quelques
propositions pour les commenter :
- « Les agents de
santé peuvent stopper la tuberculose en restant attentifs aux symptômes de la
maladie et en en assurant rapidement le diagnostic et le traitement. »
Sur le
principe très bien, mais le problème est qu’entend-on par symptômes ? On l’apprend plus loin :
- « Apprenez à
reconnaître les symptômes de la tuberculose (toux persistant plus de deux à
trois semaines, perte de poids, fièvre, sueurs nocturnes) et encouragez
quiconque éprouverait de tels symptômes à se soumettre à un examen de dépistage. »
Ces
symptômes sont beaucoup trop tardifs car à ce stade le malade est pratiquement
contagieux et dans un état grave. Il existe pourtant des signes d’appel qui,
tout en n’étant pas caractéristiques de la maladie, sont sérieux et devraient
inciter à consulter :
- une profonde fatigue persistante ;
- une importante perte de poids.
Voici un
témoignage que j’ai entendu à la télé au cours d’une émission de Jean-Luc
Delarue :
Une
infirmière de 40 ans est là parce que sa fille, très jeune, est morte 5 jours
après avoir été diagnostiquée d’une tuberculose. Elle témoigne : je me
sentais très asthéniée mais j’ai serré
les dents, me disant qu’il fallait tenir, tenir. Tous les jours je côtoyais des
médecins que je connaissais bien mais je ne leur en parle pas…
Elle finira par devenir contagieuse, jusqu’à contaminer sa
fille. Pourtant, une campagne avec affiches et spots télé pour inciter la
population à consulter en cas de fatigue chronique aurait pu éviter ce drame et
bien d’autres. Cela pourrait se faire depuis 50 ans…Navrant ! De plus, il
est fort probable que si elle s’était pesée régulièrement (une fois par semaine
par exemple) elle aurait constaté qu’elle perdait des kilos sans raison
apparente. Or ces 2 signes apparaissent très tôt dans le développement de la
tuberculose, bien avant la toux et la fièvre. Et si ce n’est pas la tuberculose
il y a sûrement un problème sérieux quand ces signes apparaissent.
- « Les
enseignants peuvent stopper la tuberculose en informant leurs élèves sur ce
très ancien fléau. »
Cela se faisait quand j’étais jeune mais on nous présentait le tableau le plus noir de la maladie, quand le malade tousse beaucoup, est très contagieux et crache du sang. De ce fait nous pensions que la tuberculose c’était cela et rien d’autre. En 1960 j’ai fait une infection tuberculeuse qui a demandé 10 mois de traitement (voir plus loin). Je n’ai jamais toussé, n’ai pas craché de sang et n’ai pas été contagieux. Cependant, par ignorance et conditionnement lié à l’éducation scolaire, tout le monde projetait sur moi l’image du phtisique complaisamment décrite à l’école. Quand je suis retourné au collège mon prof de sport m’a dit « alors, tu crachais du sang », et il fait la moue…Il a fallu supporter tout ça. Je ne fus pas le seul puisque nous étions 4 de la même classe à avoir traîné en silence une très grosse fatigue pendant 3 mois. Mais "l’éducation" que nous avions reçu en la matière ne nous a aidé en rien pour alerter nos parents et demander d’aller voir un médecin car nos symptômes n’étaient pas ceux décrits. Nous avons ainsi perdu un temps précieux alors que les signes d’appels étaient présents pour moi plusieurs mois avant de devoir consulter, trois mois avant la prise du premier médicament. C’est le délai moyen habituel en France et il est beaucoup trop long. C’est ce délai qu’il faut absolument réduire.
D’ailleurs c’est bien là où le bât blesse comme le reconnaît l’OMS
dans son constat
du 24 mars 2008 :
« Alors que les programmes DOTS parviennent à réduire les taux de mortalité et de prévalence, une nouvelle analyse écologique laisse penser qu’ils n’ont pas encore eu un impact majeur sur la transmission et les tendances de l’incidence tuberculeuse dans le monde entier. Si tel est le cas, le défi consiste à montrer que le diagnostic de tuberculose évolutive peut être réalisé suffisamment tôt, et que les taux de succès thérapeutique peuvent être suffisamment élevés pour avoir un impact substantiel sur l’incidence sur une grande échelle géographique. »
- « Les
communautés peuvent stopper la tuberculose en échangeant des informations
aidant à prévenir la maladie et à procurer des traitements à ceux qui en ont
besoin. Message possible : Nous organisons ce soir une réunion de quartier sur
la tuberculose et les moyens de la prévenir. »
Mêmes
remarques que pour l’enseignement.
Voici l’avis de l’OMS sur la valeur du BCG, des tests de
dépistages et des médicaments contre la tuberculose, il est saignant :
« On
n’éliminera jamais la tuberculose sans disposer de médicaments, produits
diagnostiques et vaccins nouveaux et plus efficaces. Le mode de
diagnostic actuel de la tuberculose, par microscopie des expectorations, date
de plus d’un siècle et s’avère peu sensible. Les médicaments actuellement
employés contre la tuberculose datent de plus de 40 ans, et sont à prendre
pendant six à neuf mois. Les vaccins actuellement utilisés contre la
tuberculose, qui datent de plus de 85 ans, assurent aux enfants quelque
protection contre certaines formes sévères de tuberculose, mais sont peu
fiables à l’encontre de la tuberculose pulmonaire.
Il faut donc, et ce de façon urgente,
disposer de schémas thérapeutiques simplifiés et accélérés contre toutes les
formes de tuberculose; d’outils diagnostiques rapides et plus sûrs pour
détecter la tuberculose dans les meilleurs délais; et de vaccins efficaces pour
la prévention de la tuberculose à tous les âges de la vie. »
Dans
la rubrique :
COMMENT CONTRIBUER A LA CAMPAGNE DE LA JOURNEE MONDIALE
DE LA TUBERCULOSE
l’OMS
propose :
« Racontez votre
propre expérience dans un récit ou un blog. »
Chiche !
Puisque j’ai une expérience de la tuberculose, et c’est
d’ailleurs pourquoi je m’intéresse à ce sujet, la voici ! Je l’ai racontée
et analysée dans un ouvrage Tuberculine et BCG
– Les deux vérités.
Mon expérience :
Big Bang
Dans la vie de tout
individu, collectivité ou nation, se produisent parfois des événements
particulièrement forts qui vont organiser l’écoulement du temps et participer à
la construction du calendrier. Ainsi on dira : avant ou après la guerre,
avant ou après l’accident. Ces événements modifient profondément le cours de
l’existence, en définissent une nouvelle forme après avoir bousculé l’ancienne,
préparant ainsi le début d’un nouveau cycle. Ce sont de véritables Big Bang.
Le big bang qui ébranla
ma vie se produisit le 2 octobre 1959. J’étais alors élève en classe de
première. Le matin de ce 2 octobre, le médecin scolaire accompagné d’une
infirmière se présente dans la classe pour procéder à la cuti-réaction
annuelle. Bien que le BCG fût obligatoire, en principe depuis 1950, il n’était
pas pratiqué dans cette région. Nous subissions chaque année depuis le primaire
un test tuberculinique sous la forme d’une cuti-réaction. Le but de ce test
était de dépister la primo-infection tuberculeuse que l’on nomme maintenant
tuberculose latente. Aux tests précédents nous étions tous négatifs.
Le médecin nous demanda
de nous mettre en file en libérant notre bras gauche (question de rotation de
la file par rapport à l’infirmière). Par distraction je dégage le bras droit,
petit détail dont les conséquences allaient bousculer le cours de mon
existence. Devant l’infirmière qui déposait la tuberculine je me rends compte
de mon erreur. Je lui demande si cela avait de l’importance. D’un large sourire
très encourageant elle me dit que non, ce qui était certainement vrai. Plutôt
timide mais mis en confiance par ce premier échange verbal, je m’enhardis et la
taquine sur le manque de générosité qu’elle me manifeste en déposant une si
petite goutte sur mon bras. Alors, piquée au vif par ma remarque, elle replonge
son compte-gouttes dans le flacon et dépose une énorme goutte sur mon bras,
vraiment énorme. La tuberculine qui était utilisée pour les cutis contenait du
mercure afin de ne pas couler. Très surpris par sa réaction je lui demande si
c’est dangereux. En aucune façon me répondra-t-elle d’un ton parfaitement
assuré, il n’y a vraiment aucun risque ; Alors je traite par le mépris
celui qui me précède, ridicule avec sa petite goutte et qui n’a pas su obtenir
les faveurs de l’infirmière. Pour calmer sa jalousie elle lui remettra une
bonne dose supplémentaire, nettement moindre cependant. Il reste encore 2
élèves derrière moi. Pour éviter toute jalousie l’infirmière au grand cœur les
gratifiera très généreusement en tuberculine, tout cela dans les rires et la
bonne humeur.
Reste à passer devant le
médecin pour la scarification avec une plume. Malgré l’assurance de
l’infirmière, je suis inquiet. Quelque chose me dit que ça ne va pas, le
médecin le sait sans doute, il demandera d’essuyer tout cela et de recommencer.
Je surveille celui qui est devant moi et qui deviendra médecin plus tard. Il
passe sans encombre. Mais la goutte dont je suis porteur est beaucoup plus
grosse. J’épie le regard du médecin. Il ne manifestera pas plus de surprise
qu’un robot. Il scarifie sous mes yeux ébahis sur tout le diamètre de la goutte
comme cela est écrit dans le protocole des cutis. La scarification est
profonde, du sang se mêle à la tuberculine, je ressens confusément une
impression de danger. Je pouvais tout essuyer aussitôt comme le conseillait un
autre élève « essuie tout ça sinon ça va te piquer ». Mais le médecin doit savoir et c’est presque
en me forçant que je ne fais rien, acceptant docilement le destin.
Quelques jours après, le médecin vient lire le test. Nous sommes
tous négatifs comme d’habitude. Je n’avais jamais vu un virage de cuti. Avec
cette énorme goutte le Big venait d’avoir lieu. Le Bang n’allait pas tarder…
Vers le 20 octobre, 3
semaines après le test (je suis certain de cette durée), je me sens très las,
j’ai des difficultés à monter les escaliers. Je vais traîner cette fatigue
durant tout le trimestre, une fatigue étrange que je n’avais jamais connue
auparavant. Après avoir tenu jusqu’au bout sans rien dire, je suis contraint de
m’aliter le 2 janvier 1960. A l’auscultation le médecin me fait dire 33, fait
procéder à un test tuberculinique au moyen d’un timbre et prescrit une radio
pulmonaire. Le test sera très positif, qualifié de +++ et la radio que j’ai
conservée montre une grosse tache blanche circulaire à droite du poumon droit.
L’affection est de nature tuberculeuse. Il faudra un traitement de 10 mois
d’isoniazide, 100 piqûres de streptomycine ainsi que du PAS en perfusion et en
paillettes pour en venir à bout. Un an après, la tache blanche sera résorbée.
Mais l’affaire ne se
limite pas à cela : courant janvier 1960 un autre cas se déclare et en
février, une radioscopie systématique dans l’établissement décèle 2 autres cas.
Nous étions 4 à souffrir à des degrés divers de la même affection, 4 élèves de
la même classe de première, les 4 qui avaient reçu une très grosse goutte de
tuberculine.
Doit-on croire à la
coïncidence ? J’ai essayé
d’étudier ce problème dans le livre cité. Disons seulement ici que 12 ans plus
tard j’ai été en possession d’un remarquable ouvrage* d’un vétérinaire de haut
niveau J. Basset. J’ai pu en
particulier y lire ceci :
Pour les bovins : « C’est
une naïveté de proclamer que les bovins tuberculeux supportent admirablement
les fortes doses de tuberculine administrées d’emblée. Les fortes doses
déterminent des réactions générales et focales extrêmement intenses qui sont
loin d’être salutaires pour l’organisme »
Pour les enfants et
adolescents : « Il ne faut pas les traiter comme
du bétail, car ils sont à la tuberculine beaucoup plus sensibles. L’opération
doit être SUBORDONNÈE à un examen soigneux, clinique et radiologique, et la
tuberculine doit être employée à dose ménagée. Scarification trop longue
ou trop profonde, permettant l’absorption rapide d’une quantité excessive de
tuberculine (2 dixièmes de milligramme en sous-cutané provoquent des
réactions), et des accidents pourront s’ensuivre. »
*Immunologie et prophylaxie de la Tuberculose - chez Vigot 1953.
Depuis longtemps l’intradermoréaction a remplacé la cuti.
Ainsi la dose injectée est clairement définie alors qu’elle était assez
élastique avec la cuti. Le principal danger du test tuberculinique est qu’il
est pratiqué par un personnel médical qui n’en connaît que les protocoles,
c’est à dire la mise en œuvre, et qui n’a jamais étudié les propriétés du
produit utilisé. De toute évidence ce médecin scolaire, qui faisait des
milliers de cutis par an, ne savait rien de la tuberculine qui existait
pourtant depuis 70 ans et avait été très largement expérimentée et utilisée.
- Parce qu’il avait mal travaillé au cours de ses études ?
Non !
- Parce qu’on ne l’apprenait pas aux médecins et
infirmières ? Oui !
- Parce que ce n’était pas connu ? Non !
Le test tuberculinique ne devrait servir qu’à dépister la primo-infection
en l’absence de tuberculose-maladie. Autrement dit, AVANT de procéder à un tel
test il faudrait s’assurer par d’autres moyens que la personne ne souffre pas
de tuberculose-maladie. Malheureusement, dans notre pays, le test
tuberculinique est officiellement considéré comme une aide au diagnostic quand
des signes de tuberculose sont par ailleurs présent. Ce fut le cas pour moi
quand le médecin m’avait prescrit un test par un timbre alors que l’examen
clinique était positif. Cela n’a pas changé et est mentionné explicitement dans
la législation (arrêté du 13 juillet 2004). Pourtant on le sait : même à
dose modérée il est très dangereux de faire un test tuberculinique à un
tuberculeux actif.
Et pourquoi aujourd’hui encore ne veut-on toujours pas
lancer une campagne d’incitation à consulter en cas de fatigue chronique ?
Pour justifier et favoriser le recours aux tests de dépistage, en particulier
les nouveaux
tests in vitro, à savoir, Quantiferon
et Elispot ? Veut-on vraiment lutter contre la maladie ou l’utiliser pour
développer des affaires ? Le 14 décembre 2006 j’ai assisté à la Pitié
Salpétrière à un colloque sur ces tests. Le représentant du laboratoire de
référence des mycobactéries (CNR)
proposa tout simplement de rogner* sur la clinique pour accroître le personnel
de laboratoire qui pratiquerait ces tests à partir d’une prise de sang, ce qui
permet de les répéter très souvent !!!
Malgré l’intérêt que
présentent ces tests in vitro qui pourraient remplacer l’IDR, l’état d’esprit
qui préside à leur mise en place et développement ne fait que révéler ce que
nous connaissions déjà : la santé des laboratoires prime celle de la
population…
* Phrase
exacte : « de transférer les
moyens des services cliniques vers les laboratoires… »