15 juin 2000 : Une Ordonnance reformulant le Code de la santé publique à droit constant rend passible de 6 mois de prison et 25 000 F d’amende (3750 euros) le refus de BCG obligatoire. Ce dispositif non appliqué a été très récemment réactivé par la loi sur la protection de l’Enfance du 5 mars 2007 contenant l’article 37 qui non seulement étend ces mesures au DTPolio mais surtout classe ces refus dans la « Lutte contre les dérives sectaires ».

Cet objectif était probablement déjà présent en 2000 où la commission anti-secte du parlement était très active, mais il était alors dissimulé par la formulation dite à droit constant.

Juillet 2000 : simultanément l’OMS, dans un document préparatoire en vue des discussions du G8, déclare :

« il n’existe contre la TB aucun vaccin efficace permettant d’éviter l’infection chez l’enfant ou chez l’adulte ».

 

16 Août 2001 : l’InVS (Institut de veille sanitaire) publie un document de 42 pages : « L’impact d’une modification de la politique de vaccination par le BCG en France ».

 

Concernant la revaccination (p 27) « Les données de la littérature internationale sont en faveur d’une efficacité faible voire nulle »

Concernant la primo-vaccination (p.28) : « le nombre de cas évités chaque année par le BCG chez l’enfant de moins de 15 ans se situe entre moins d’une dizaine, dans l’hypothèse la plus défavorable au vaccin et à plus de 250 dans l’hypothèse la plus favorable. Cependant les données de la littérature plaident en faveur d’un pouvoir protecteur réel du BCG proche de la première hypothèse »

C’est l’hypothèse "basse" sur l’efficacité du BCG.

 

5 Mars 2002 : l’Ordonnance devient une loi toujours en vigueur, même si elle n’est pas appliquée !

21 juin 2002 : le Conseil supérieur d’hygiène publique de France recommande la suppression de toute revaccination BCG. Au plus un seul par personne.

 

Mars 2003 :

 La nécessaire évolution de la lutte contre la tuberculose

Le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, le BEH, publication du ministère et de l’InVS, définit la nécessaire réorientation de notre politique de lutte contre la TB (Pr. Elisabeth Bouvet) :

"La tuberculose ne justifiera bientôt plus une politique de vaccination généralisée des enfants {par le BCG en France.} Il y a une inadéquation entre la mise en œuvre de moyens importants et peu efficaces pour toute une population dont la très grande majorité présente un risque très faible et une épidémie de plus en plus marquée dans la population migrante vis-à-vis de laquelle aucune mesure spécifique n'est mise en œuvre."

"En dehors des coûts considérables engendrés par la vaccination (coût du vaccin lui-même et surtout coût en personnel et en organisation) et par les tests tuberculiniques post-vaccinaux, le BCG présente d'autres inconvénients. Il donne l'illusion que tout est fait pour prévenir la tuberculose en France quand la population est vaccinée par le BCG. Il conforte dans l'inconscient collectif des populations l'idée que le problème de la tuberculose est résolu puisque la vaccination par le BCG est généralisée."

"On peut espérer que l'abandon de la vaccination généralisée permettra impulser une attitude active de lutte contre la tuberculose par des interventions de terrain ayant pour objectif le dépistage des cas d'infection et leur traitement afin d'éviter la survenue de nouveaux cas de tuberculose contagieuse."

"On peut espérer qu'il permettra l'indispensable modernisation des structures départementales de lutte contre la tuberculose en leur donnant des moyens d'intervention efficaces, utilisant des outils performants en matière d'épidémiologie d'intervention, de communication et de recueil d'information."

"C'est véritablement un changement complet de stratégie qui est à prévoir."

 

24 mars 2004 : la Commission européenne alloue 32 millions d’euros pour la recherche d’un meilleur vaccin

30 juin 2004 : 2 ans après la recommandation du CSHPF, un décret prend acte de cet avis en limitant désormais à au plus une seule, le nombre de vaccinations BCG obligatoires par individu.

 Si vous ou vos enfants avez déjà reçu un BCG et pouvez en apporter la preuve (le cas échéant par une cicatrice), cette preuve pourra être exigée dans diverses circonstances mais aucune nouvelle vaccination ne pourra alors être exigée, même, par exemple, pour faire des études de médecines 20 ans après cette première vaccination.

13 juillet 2004 : Un arrêté redéfinit l’usage du test tuberculinique limité au dépistage et diagnostic. C’en est fini du test de l’immunité contre la TB dans les écoles.

 

10 octobre 2004 : Une circulaire de la DGS demande que les revaccinations et tests de contrôle de l’efficacité de la vaccination ne soient plus pratiqués.

 

23 Novembre 2004 : Une expertise collective publiée par l’Inserm s’emploie sur près de 300 pages à justifier cette primo-vaccination, ce qui donnait à penser que sa suppression, pourtant ouvertement envisagée, risquait de se faire attendre. L’hypothèse basse de 2001, jugée pourtant la plus probable selon les données de la littérature, n’est plus mentionnée. Sont présentées une hypothèse dite « moyenne » (50% d’efficacité sur les TB pulmonaires des moins de 15 ans ) qui éviterait 320 cas par an et une haute (efficacité 75%) qui éviterait 800 cas (voir l’article « Cas évités : un calcul très simplistes ! »).

 

3 mai 2005 : n° spécial du BEH sur la tuberculose : surprise :

« La décision de suppression {de la vaccination} du BCG devra prendre en compte 2 éléments nouveaux :

l’issue de réflexions actuellement en cours concernant une éventuelle remise en cause du principe de l’obligation vaccinale, dont l’abrogation pourrait entraîner une diminution de la couverture vaccinale.

La décision de l’unique producteur {de vaccin} du BCG par multipuncture d’arrêter la production {de ce produit utilisé en France pour plus de 90% des primo-vaccinations BCG}. La voie intra-dermique constitue en effet une technique d’administration délicate à laquelle la très grande majorité des médecins vaccinateurs français n’est pas habituée. Elle induit de plus un taux{ plus} élevé d’effets secondaires loco-régionaux {que la multi-puncture}.

Les difficultés que poseraient le maintien de l’obligation vaccinale, dans un contexte où seule la voie intra-dermique sera possible, pourrait conduire à privilégier une stratégie ciblant les enfants les plus exposés. »

 

28 juin 2005 : l’Académie de médecine, pourtant très conservatrice vis à vis du BCG, publie un communiqué où elle « regrette que la vaccination par multipuncture soit très prochainement supprimée et reconnaît que cette disparition du BCG Monovax oblige à envisager, et dès maintenant, une adaptation de la loi vaccinale aux circonstances actuelles. »

 L’Académie s’inquiète du remplacement de la souche actuelle par la souche danoise 1331 dite BCG SSI du nom du labo Statens Serum Institut « dont les effets adverses devront être particulièrement surveillés ».

Aussi, l’Académie « recommande fortement le renforcement de la lutte antituberculeuse qui devra être coordonnée avec la nouvelle pratique vaccinale et une éventuelle introduction de la vaccination ciblée par le BCG à la place de la vaccination généralisée obligatoire. »

 

Elle note aussi les avantages liés à la disparition totale du BCG :

économie estimée à 115 millions d’euros (1996). Le coût du BCG par cas évité serait de 35 950 euros.

disparition des effets indésirables évalués à 300 adénites et 12 bécégites disséminés par an ;

l’interprétation des tests tuberculiniques sera plus facile chez des sujets non vaccinés.

 

30 septembre 2005 : Avis du Conseil supérieur d'hygiène publique (CSHPF) et du Comité technique des vaccinations (CTV) :

 «  constatant l'insuffisance des efforts de lutte contre la tuberculose, notamment dans les populations les plus à risque de tuberculose, considèrent comme une priorité absolue l'élaboration d'un Plan national de lutte contre la tuberculose, assorti des moyens nécessaires à sa mise en œuvre efficace, notamment en Ile de France

- soulignent que la vaccination généralisée des enfants par le BCG ne sert en aucun cas de stratégie de remplacement à la lutte contre la tuberculose. De fait cette vaccination n'a pas d'efficacité sur la transmission de la maladie entre adultes, qui sont, eux, la source principale de cette transmission.

 - recommandent, à terme, une fois les mesures préconisées mises en place, 

  . la suspension de l'obligation vaccinale par le vaccin BCG,

. la vaccination par le vaccin BCG chez les enfants à risque élevé de tuberculose, et dont les critères sont définis avec précision et qui devraient être vaccinés quelques jours après la naissance. »

 

5 octobre 2005

La Direction générale de la santé (DGS) publie une circulaire où elle demande à la fois que la vaccination des nourrissons à risques soit réalisé le plus tôt possible après la naissance. Celle des enfants non exposés n’étant réalisée qu’après l’âge de 6 mois :

 

« 1) la vaccination par le BCG du nouveau né avant sa sortie de la maternité ou dans la semaine qui suit, éventuellement par la sage-femme à domicile, chaque fois que le nouveau né présente un risque élevé de contamination par le bacille de la tuberculose, c'est à dire pour un enfant :

- né dans un pays de forte endémie tuberculeuse

- dont au moins l'un des parents est originaire d'un de ces pays

- devant séjourner plus de 3 mois dans l’un de ces pays

- ayant des antécédents familiaux de tuberculose (collatéraux ou ascendants directs)

- et pour tout enfant placé dans une situation jugée par le médecin à risque d'exposition au bacille tuberculeux.

2) la vaccination par le BCG au delà de 6 mois chez les enfants à faible risque (ne répondant pas aux critères énoncés ci-dessus), lorsque cela est possible, c'est à dire pour ceux dont le mode de garde permet de surseoir à l'obligation vaccinale. »

 

Mais surtout :

Le Directeur général de la santé va se montrer très imprudent en mettant par avance sur le compte de la maladresse des pédiatres et médecins libéraux les inconvénients prévisibles du SSI et en leur recommandant de se recycler dans des stages organisés par le fabricant et de diriger vers les PMI les enfants qu’ils s’estimeraient incapables de vacciner… et ce afin de calmer les réticences des pédiatres. Formulation pour le moins malheureuse !

 

La suppression du monovax au 1er janvier 2006 et son remplacement auraient dû conduire à accélérer la mise en place du plan tuberculose et de cette vaccination ciblée afin de coordonner avec la fin du monovax. C’était la volonté et le souhait de l’Académie. Mais rien n’avait été préparé. Tous les efforts, y compris financiers, étaient concentrés sur la préparation du plan contre la pandémie grippale annoncée comme imminente.

 

29 novembre 2005 : Le Directeur général de la santé déclarera, en inaugurant les journées de veille sanitaire :

"Nous avons suscité des réticences aux vaccinations...et même une opposition." Effectivement Il va avoir une opposition et ce sera l’Académie de médecine qui ouvrira le feu !

 

13 décembre 2005 : L’Académie, constatant «  qu’à ce jour aucune modification des textes concernant la vaccination obligatoire par le BCG n’est annoncée pour faire face à cette situation nouvelle en janvier 2006 » lance un véritable ultimatum au ministère !

Communiqué (extraits):

« Cette situation risque de mettre en difficulté les responsables des collectivités (responsables de crèche et d’établissements scolaires) en les obligeant à refuser l’inscription d’enfants non vaccinés par le BCG et de susciter la pratique de contre-indications au BCG abusives. Le désarroi des familles peut conduire aussi au refus du BCG pour leurs enfants. Une telle situation de flou et d’ambiguïté pourrait, selon toute vraisemblance, faire remettre en question, une fois encore, le bien-fondé des vaccins en général.

Il est donc vivement souhaité que la politique vaccinale du BCG soit rapidement clarifiée avant l’échéance de janvier 2006. L’Académie nationale de médecine demande que, sans retard, les pédiatres et les généralistes reçoivent du Ministère de la Santé des instructions réglementaires. »

 

14 décembre 2005 :

Le Directeur général de la santé rétorque aussitôt en parlant d’un communiqué émanant d’un groupe de travail de l’Académie alors que s’il a bien été réalisé par un groupe de travail de 11 membres, comme toujours, il a été voté à l’unanimité par l’Académie en séance plénière. Il répond que selon les vœux même de l’Académie il ne peut supprimer le BCG avant la mise en place du plan TB et qu’il agit ainsi en conformité avec les recommandations du CSHPF et du CTV. Oui, sauf que c’était à lui de faire préparer ce plan….

 

16 décembre 2005 : Communiqué incendiaire du Conseil national de pédiatrie sous la plume de Robert Cohen :

"La décision de la poursuite de la vaccination généralisée de tous les enfants avant leur entrée en collectivité apparaît aux pédiatres comme une erreur majeure. Elle ne se justifie pas sur le plan épidémiologique et elle risque, {du fait de la fréquence des effets indésirables attendus de la forme intradermique, même en supposant une technique parfaite} de jeter le discrédit non seulement sur cette vaccination pour les groupes qui en ont besoin, mais aussi sur l’ensemble des programmes de vaccination pour lesquels les pédiatres ont beaucoup oeuvré et auxquels ils sont attachés. Les pédiatres s’opposent fermement au maintien de la vaccination généralisée obligatoire avant l’entrée en collectivité."

 « Résumer les effets indésirables du BCG SSI® à une mauvaise technique d’injection montre une méconnaissance complète de la pratique des vaccinations et jette la suspicion sur le vaccinateur en cas d’adénite, d’abcès, ou de BCGite. »

 « la majorité des pédiatres s’estime suffisamment formée pour la pratique des injections intradermiques qu’ils ont pratiquées pendant des années et dont ils connaissent les limites. »

 

  « Sur la forme, la DGS reporte la responsabilité de la crise créée par la disparition du Monovax® sur les vaccinateurs de terrain et l’industrie. Les pédiatres sont surpris par ce communiqué qui témoigne de l’absence de transparence et de concertation.
Que la DGS se décharge de la formation des vaccinateurs sur l’industrie nous paraît extravagant. Limiter la formation des vaccinateurs à la distribution de brochures, de CD-ROM ou l’organisation de quelques formations sponsorisés par l’industrie nous semble faire peu de cas de l’intérêt des patients. »

« Les pédiatres :
-
soulignent leur implication dans le combat contre la tuberculose et souhaitent être en première ligne dans un plan national contre la tuberculose,
- adhèrent à la nécessité de continuer et d’accentuer la vaccination des groupes à risque,
- veulent contribuer à une vaccination la plus complète possible des sujets à risque, mais s’opposent fermement au maintien de la vaccination généralisée obligatoire avant l’entrée en collectivité. »

 

Le Conseil national de pédiatrie regroupe des représentants des sociétés et syndicats nationaux suivants : Association des Juniors en Pédiatrie - Association Française de Pédiatrie Ambulatoire - Collège des Professeurs de Pédiatrie - Collège des Pédiatres des Hôpitaux Généraux - Société Française de Pédiatrie - Syndicat National des Pédiatres Français - Syndicat National des pédiatres des Etablissements Hospitaliers.

 

Les Fédérations de médecins

Elles ne seront pas en reste. Ainsi, la FMF Bretagne 20 janvier 2006 (Fédération des médecins de France) « conseille aux médecins généralistes et pédiatres, après information des familles, à ne pas pratiquer pour le moment de BCG-ID dans l'attente d'une évolution rapide de la législation. Elle engage les médecins à rédiger un certificat de non indication de la vaccination BCG en l'absence d'appartenance à un groupe à risque »

Quant à la formation médicale continue de Tourcoing, elle a qualifiée "de stupidité" le maintien du BCG généralisé.

 

Quel match ! Pour la suite, de 2006 à 2007, voir sur ce blog mon article "L'affaire du BCG ..." qui propose des liens vers d'autres articles décrivant en particulier l'audition publique des 13-14 novembre 2006 sur la levée de l'obligation du BCG pour les enfants qui ne sera effective qu'en juillet 2007... Espérons maintenant que le dernier épisode concernant cette levée de l’obligation va s’achever avec le prochain calendrier vaccinal qui devrait normalement être publié en juillet…Les prolongations n’ont que trop duré…