27 juin 2007
Historique du BCG de 2000 à 2005
15 juin
2000 : Une Ordonnance reformulant le Code de la santé publique
à droit constant rend passible de 6
mois de prison et 25 000 F d’amende (3750 euros) le refus de BCG obligatoire.
Ce dispositif non appliqué a été très récemment
réactivé par la loi sur la protection de l’Enfance du 5 mars 2007 contenant
l’article 37 qui non seulement étend ces mesures au DTPolio mais surtout classe ces refus dans la « Lutte
contre les dérives sectaires ».
Cet objectif
était probablement déjà présent en 2000 où la commission anti-secte du
parlement était très active, mais il était alors dissimulé par la formulation
dite à droit constant.
Juillet 2000 :
simultanément l’OMS, dans un document préparatoire en vue des discussions du
G8, déclare :
« il
n’existe contre la TB aucun vaccin efficace permettant d’éviter l’infection
chez l’enfant ou chez l’adulte ».
16 Août
2001 : l’InVS (Institut de veille sanitaire) publie un
document de 42 pages : « L’impact d’une modification de la
politique de vaccination par le BCG en France ».
Concernant
la revaccination (p 27) « Les données de la littérature
internationale sont en faveur d’une efficacité faible voire nulle »
Concernant
la primo-vaccination (p.28) : « le nombre de cas
évités chaque année par le BCG chez l’enfant de moins de 15 ans se situe entre moins
d’une dizaine, dans l’hypothèse la plus défavorable au vaccin et à plus de
250 dans l’hypothèse la plus favorable. Cependant les données de la littérature
plaident en faveur d’un pouvoir protecteur réel du BCG proche de la
première hypothèse ». C’est l’hypothèse « basse » sur l’efficacité du BCG.
5 Mars 2002 : l’Ordonnance devient une loi toujours en vigueur, même si elle n’est pas appliquée !
21 juin
2002 : le Conseil supérieur d’hygiène publique de France
recommande la suppression de toute revaccination BCG. Au plus un seul par
personne.
Mars 2003 :
La nécessaire évolution de la lutte contre la tuberculose
Le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, le BEH, publication du ministère et de l’InVS, définit la nécessaire réorientation de notre politique de lutte contre la TB (Pr. Elisabeth Bouvet) :
"La tuberculose ne justifiera bientôt plus une politique de
vaccination généralisée des enfants {par le BCG en France.} Il y a une
inadéquation entre la mise en œuvre de moyens importants et peu efficaces
pour toute une population dont la très grande majorité présente un risque
très faible et une épidémie de plus en plus marquée dans la population migrante
vis-à-vis de laquelle aucune mesure spécifique n'est mise en œuvre."
"En dehors des coûts considérables engendrés
par la vaccination (coût du vaccin lui-même et surtout coût en personnel et
en organisation) et par les tests tuberculiniques post-vaccinaux, le BCG
présente d'autres inconvénients. Il
donne l'illusion que tout est fait pour prévenir la tuberculose en France quand
la population est vaccinée par le BCG. Il conforte dans l'inconscient collectif
des populations l'idée que le problème de la tuberculose est résolu puisque la
vaccination par le BCG est généralisée."
"On peut espérer que l'abandon de la
vaccination généralisée permettra impulser une attitude active de
lutte contre la tuberculose par des interventions de terrain ayant
pour objectif le dépistage des cas d'infection et leur traitement afin d'éviter
la survenue de nouveaux cas de tuberculose contagieuse."
"On peut espérer qu'il permettra
l'indispensable modernisation des structures départementales de lutte contre la
tuberculose en leur donnant des moyens d'intervention efficaces, utilisant des
outils performants en matière d'épidémiologie d'intervention, de communication
et de recueil d'information."
"C'est véritablement un
changement complet de stratégie qui est à prévoir."
24 mars
2004 : la Commission européenne alloue 32
millions d’euros pour la recherche d’un meilleur vaccin
30 juin
2004 : 2 ans après la recommandation du CSHPF, un
décret prend acte de cet avis en
limitant désormais à au plus une seule, le nombre de vaccinations BCG
obligatoires par individu.
Si vous ou vos enfants avez déjà reçu un BCG
et pouvez en apporter la preuve (le cas échéant par une cicatrice), cette
preuve pourra être exigée dans diverses circonstances mais aucune
nouvelle vaccination ne pourra alors être exigée, même, par exemple, pour faire
des études de médecines 20 ans après cette première vaccination.
13 juillet 2004
Un arrêté redéfinit l’usage du
test tuberculinique limité au dépistage et diagnostic. C’en est fini du test de
l’immunité contre la TB dans les écoles.
10 octobre 2004
Une circulaire de la DGS demande
que les revaccinations et tests de contrôle de l’efficacité de la vaccination
ne soient plus pratiqués.
23 Novembre 2004 : Une expertise collective publiée par l’Inserm s’emploie sur près de 300 pages à justifier cette primo-vaccination, ce qui donnait à penser que sa suppression, pourtant ouvertement envisagée, risquait de se faire attendre. L’hypothèse basse de 2001, jugée pourtant la plus probable selon les données de la littérature, n’est plus mentionnée. Sont présentées une hypothèse dite « moyenne » (50% d’efficacité sur les TB pulmonaires des moins de 15 ans ) qui éviterait 320 cas par an et une haute (efficacité 75%) qui éviterait 800 cas (voir l’article « Cas évités : un calcul très simplistes ! »).
3 mai 2005 : n° spécial du BEH sur la tuberculose : surprise :
« La décision de suppression {de la vaccination} du
BCG devra prendre en compte 2 éléments
nouveaux :
- l’issue de réflexions actuellement en cours
concernant une éventuelle remise en cause du principe de l’obligation
vaccinale, dont l’abrogation pourrait entraîner une diminution de la couverture vaccinale.
- La décision de l’unique producteur {de vaccin}
du BCG par multipuncture d’arrêter la production {de ce
produit utilisé en France pour plus de 90% des primo-vaccinations BCG}. La voie
intra-dermique constitue en effet une technique d’administration délicate à
laquelle la très grande majorité des médecins vaccinateurs français n’est pas
habituée. Elle induit de plus un taux{ plus} élevé d’effets secondaires
loco-régionaux {que la multi-puncture}.
Les difficultés que poseraient le
maintien de l’obligation vaccinale, dans un contexte où seule la voie
intra-dermique sera possible, pourrait conduire à privilégier une stratégie
ciblant les enfants les plus exposés. »
28 juin 2005 : l’Académie
de médecine, pourtant très conservatrice vis à vis du BCG, publie un communiqué
où elle « regrette que la vaccination par multipuncture soit très
prochainement supprimée et reconnaît que cette disparition du BCG Monovax oblige
à envisager, et dès maintenant, une adaptation de la loi vaccinale aux
circonstances actuelles. »
L’Académie s’inquiète du remplacement de la souche actuelle
par la souche danoise 1331 dite BCG SSI du nom du labo Statens Serum Institut « dont
les effets adverses devront être
particulièrement surveillés ».
Aussi, l’Académie « recommande
fortement le renforcement de la lutte antituberculeuse qui devra être
coordonnée avec la nouvelle pratique vaccinale et une éventuelle introduction
de la vaccination ciblée par le BCG à la place de la vaccination généralisée
obligatoire. »
Elle note aussi les avantages liés à la disparition totale
du BCG :
- économie estimée à 115 millions d’euros (1996). Le coût du
BCG par cas évité serait de 35 950 euros.
- disparition des effets indésirables évalués à 300 adénites
et 12 bécégites disséminés par an ;
l’interprétation des tests tuberculiniques sera plus facile chez des sujets non vaccinés.
30 septembre 2005
Avis du Conseil (CSHPF) et du Comité (CTV) :
« constatant
l'insuffisance des efforts de lutte contre la tuberculose, notamment dans les
populations les plus à risque de tuberculose, considèrent comme une priorité
absolue l'élaboration d'un Plan
national de lutte contre la tuberculose, assorti des moyens nécessaires
à sa mise en œuvre efficace, notamment en Ile de France
- soulignent que la vaccination généralisée des
enfants par le BCG ne sert en aucun cas de stratégie de remplacement à la lutte
contre la tuberculose. De fait cette vaccination n'a pas d'efficacité sur la
transmission de la maladie entre adultes, qui sont, eux, la source principale
de cette transmission.
- recommandent, à terme, une fois les mesures préconisées mises en place,
. la
suspension de l'obligation vaccinale par le vaccin BCG,
. la vaccination par le vaccin BCG chez les enfants
à risque élevé de tuberculose, et dont les critères sont définis avec précision
et qui devraient être vaccinés quelques jours après la naissance. »
5 octobre 2005
La Direction générale de la santé (DGS) publie une
circulaire où elle demande à la fois que la vaccination des nourrissons à
risques soit réalisé le plus tôt possible après la naissance. Celle des enfants
non exposés n’étant réalisée qu’après
l’âge de 6 mois :
« 1)
la vaccination par le BCG du nouveau né avant sa sortie de la maternité ou dans
la semaine qui suit, éventuellement par la sage-femme à domicile, chaque fois
que le nouveau né présente un risque élevé de contamination par le bacille de
la tuberculose, c'est à dire pour un enfant :
- né dans
un pays de forte endémie tuberculeuse
- dont au
moins l'un des parents est originaire d'un de ces pays
- devant
séjourner plus de 3 mois dans l’un de ces pays
- ayant
des antécédents familiaux de tuberculose (collatéraux ou ascendants directs)
- et pour tout enfant placé dans une situation jugée
par le médecin à risque d'exposition au bacille tuberculeux.
2) la
vaccination par le BCG au delà de 6 mois chez les enfants à faible risque (ne
répondant pas aux critères énoncés ci-dessus), lorsque cela est possible, c'est
à dire pour ceux dont le mode de garde permet de surseoir à l'obligation
vaccinale. »
Mais surtout :
Le Directeur général de la santé va se montrer très
imprudent en mettant par avance sur le compte de la maladresse des pédiatres et
médecins libéraux les inconvénients prévisibles du SSI et en leur recommandant
de se recycler dans des stages organisés par le fabricant et de diriger vers
les PMI les enfants qu’ils s’estimeraient incapables de vacciner… et ce afin de
calmer les réticences des pédiatres. Formulation pour le moins malheureuse !
La
suppression du monovax au 1er janvier 2006 et son
remplacement auraient dû conduire à accélérer la mise en place du plan tuberculose et de
cette vaccination ciblée afin de coordonner avec la fin du monovax. C’était la
volonté et le souhait de l’Académie. Mais rien n’avait été préparé. Tous les
efforts, y compris financiers, étaient concentrés sur la préparation du plan
contre la pandémie grippale annoncée comme imminente.
29 novembre 2005
Le Directeur général de la santé déclarera, en inaugurant
les journées de veille sanitaire :
"Nous avons suscité des
réticences aux vaccinations...et même une opposition." Effectivement Il va
avoir une opposition et ce sera l’Académie de médecine qui ouvrira le feu !
13
décembre 2005 : L’Académie, constatant « qu’à ce jour aucune modification des textes concernant la
vaccination obligatoire par le BCG n’est annoncée pour faire face à cette
situation nouvelle en janvier 2006 » lance un véritable ultimatum au
ministère !
Communiqué (extraits):
« Cette situation
risque de mettre en difficulté les responsables des collectivités
(responsables de crèche et d’établissements scolaires) en les obligeant à
refuser l’inscription d’enfants non vaccinés par le BCG et de susciter la
pratique de contre-indications au BCG abusives. Le désarroi des familles
peut conduire aussi au refus du BCG pour leurs enfants. Une telle situation de
flou et d’ambiguïté pourrait, selon toute vraisemblance, faire remettre en
question, une fois encore, le bien-fondé des vaccins en général.
Il est donc vivement souhaité que la politique
vaccinale du BCG soit rapidement clarifiée avant l’échéance de janvier 2006.
L’Académie nationale de médecine demande que, sans retard, les pédiatres
et les généralistes reçoivent du Ministère de la Santé des instructions
réglementaires. »
14 décembre 2005
Le Directeur général
de la santé rétorque aussitôt en parlant d’un communiqué émanant d’un groupe
de travail de l’Académie alors que s’il a bien été réalisé par un groupe de
travail de 11 membres, comme toujours, il a été voté à l’unanimité par
l’Académie en séance plénière. Il répond que selon les vœux même de l’Académie
il ne peut supprimer le BCG avant la mise en place du plan TB et qu’il agit
ainsi en conformité avec les recommandations du CSHPF et du CTV. Oui, sauf que
c’était à lui de faire préparer ce plan….
16 décembre
2005
Communiqué incendiaire du Conseil
national de pédiatrie sous la plume de Robert Cohen :
"La décision de la poursuite
de la vaccination généralisée de tous les enfants avant leur entrée en
collectivité apparaît aux pédiatres comme une erreur majeure. Elle ne se
justifie pas sur le plan épidémiologique et elle risque, {du fait de la
fréquence des effets indésirables attendus de la forme intradermique, même en
supposant une technique parfaite} de jeter le discrédit non seulement sur cette
vaccination pour les groupes qui en ont besoin, mais aussi sur l’ensemble des
programmes de vaccination pour lesquels les pédiatres ont beaucoup oeuvré et
auxquels ils sont attachés. Les pédiatres s’opposent fermement au maintien
de la vaccination généralisée obligatoire avant l’entrée en collectivité."
« Résumer les effets indésirables du BCG SSI® à une mauvaise
technique d’injection montre une méconnaissance complète de la pratique des
vaccinations et jette la suspicion sur le vaccinateur en cas d’adénite,
d’abcès, ou de BCGite. »
« la majorité des pédiatres
s’estime suffisamment formée pour la pratique des injections intradermiques
qu’ils ont pratiquées pendant des années et dont ils connaissent les
limites. »
« Sur
la forme, la DGS reporte la responsabilité de la crise créée par la
disparition du Monovax® sur les vaccinateurs de terrain et l’industrie. Les
pédiatres sont surpris par ce communiqué qui témoigne de l’absence de
transparence et de concertation.
Que la DGS se décharge de la formation des vaccinateurs sur l’industrie
nous paraît extravagant. Limiter la formation des vaccinateurs à la
distribution de brochures, de CD-ROM ou l’organisation de quelques formations sponsorisés par l’industrie nous semble faire peu
de cas de l’intérêt des patients. »
« Les pédiatres :
- soulignent leur implication dans le combat contre la
tuberculose et souhaitent être en première ligne dans un plan national contre
la tuberculose,
- adhèrent à la nécessité de continuer et d’accentuer la vaccination des
groupes à risque,
- veulent contribuer à une vaccination la plus complète possible
des sujets à risque, mais s’opposent fermement au maintien de la
vaccination généralisée obligatoire avant l’entrée en collectivité. »
Le Conseil national de pédiatrie regroupe des représentants des sociétés et syndicats nationaux suivants :
Association des Juniors en Pédiatrie - Association Française de Pédiatrie
Ambulatoire - Collège des Professeurs de Pédiatrie - Collège des Pédiatres des
Hôpitaux Généraux - Société Française de Pédiatrie - Syndicat National des
Pédiatres Français - Syndicat National des pédiatres des Etablissements
Hospitaliers.
Les
Fédérations de médecins
Elles ne
seront pas en reste. Ainsi, la FMF Bretagne 20 janvier 2006
(Fédération des médecins de France) « conseille
aux médecins généralistes et pédiatres, après information des familles, à ne
pas pratiquer pour le moment de BCG-ID dans l'attente d'une évolution rapide de
la législation. Elle engage les médecins à rédiger
un certificat de non indication de la vaccination BCG en l'absence
d'appartenance à un groupe à risque »
Quant à la formation médical continue de Tourcoing,
elle a qualifiée "de stupidité" le maintien du BCG généralisé.
Quel match ! Pour la suite, de 2006 à 2007, voir
« les débuts tumultueux du BCG SSI ». Espérons maintenant que le
dernier épisode concernant cette levée de l’obligation va s’achever avec le
prochain calendrier vaccinal qui devrait normalement être publié en juillet…Les
prolongations n’ont que trop duré…
Commentaires
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=312922&pid=5445278
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :