En Finlande, la vaccination par le BCG était proposée à tous les nouveaux-nés, et la couverture vaccinale était supérieure à 98% [2]. De 1971 à 1978 quand elle utilisait le BCG souche Gothenburg la fréquence des ostéites par BCG était très élevée : 36,9 pour 100000 vaccinations. Elle régressa jusqu’à 6,4 après le remplacement de ce vaccin par la souche Glaxo-Evans et la réduction de la dose à 0,05ml. Ce vaccin a été supprimé par le fabricant et depuis août 2002 c’est le vaccin BCG SSI souche danoise qui est utilisé en Finlande

Avec ce changement un pic de lymphadénite fut notifié, passant de 8/100000 avec la souche Evans à 285 dans les mois qui suivirent le changement. Un accroissement de lymphadénites fut aussi observé à Londres après le même changement ainsi que dans d’autres populations. L’accroissement initial observé s’est stabilisé en Finlande à 140/100000.

Jusqu’à août 2002 seulement 1 ou 2 ostéites par BCG furent observées mais 6 cas furent notifiés en 2003. L’accroissement des réactions indésirables avec le BCG SSI ont influencé la perception à la fois de la médecine et du public sur la vaccination néonatale généralisée par le BCG. Avec la décroissance de l’incidence de la tuberculose ces complications ne pouvaient pas être plus longtemps acceptées.

La décision a donc été prise de remplacer la politique de vaccination universelle du BCG par une vaccination ciblée sur les groupes à risque [1]. 

La Finlande a donc commencé son expérience du BCG SSI trois ans et demi avant la France pour prendre la décision d’abandonner la vaccination généralisée avant que la France n’est commencé à utiliser ce vaccin. Mais comme l’expérience des uns n’est pas celle des autres nous sommes en train de passer par les mêmes étapes qui conduiront inéluctablement à la même décision après beaucoup de drames inutiles que nous pourrions éviter si nous voulions bien regarder l’expérience des autres. Mais nos dirigeants et responsables, qu’ils soient politiques, médicaux, juristes ou autres en paraissent incapables.

Ainsi, à l’audition publique sur le BCG des 13 et 14 novembre 2006 aucun intervenant n’a fait allusion à cette expérience. Depuis la salle j’ai pu intervenir pour signaler cet expérience intéressante au plus au point pour nous français qui sommes partis pour la même aventure plusieurs années après les finlandais.

Bien que cette expérience ait été relatée en mars 2006 sur le site d’eurosurveillance avec un titre sans ambiguïté [1], un autre article récapitulatif des politiques BCG en Europe sur le même site et pour le même mois mentionnait toujours la vaccination généralisée en Finlande parce que l’année de référence choisie était…2002 ! ([3] tableau récapitulatif)

Malgré mon intervention à l’audition pour le signaler, le rapport de la commission d’audition du 13 décembre 2006 a mentionné que la Finlande pratiquait toujours la vaccination généralisée à la naissance qu’elle avait pourtant pris la décision d’abandonner un an auparavant ! Voilà comment se propagent les nouvelles à l’heure d’internet ! Les diligences auraient transmis l’information plus rapidement !

Il aura donc fallu 3 ans aux médecins et à la populations  finlandaise pour qu’une prise de conscience deviennent suffisamment forte pour conduire les autorités à cette décision. Combien de drames inutiles nous pourrions éviter si nous voulions bien apprendre à regarder et à écouter. Mais tout est systématiquement verrouillé. Combien de temps et de drames inutiles faudra-t-il pour cela ? Le temps va créer un inexorable phénomène d’accumulation : les familles concernées par le SSI en 2006 le sont toujours en 2007 et cela se poursuivra en 2008. On s’approchera ainsi inéluctablement d’un point de rupture si les autorités ne prennent pas la bonne décision à temps.

Les nourrissons y laisseront beaucoup de leur santé mais la médecine et les décideurs en santé publique y perdront leurs dernières plumes, s’il leur en reste encore ! Ils ne semblent toujours pas avoir compris la leçon de la vaccination hépatite B…

[1]BCG en Finlande : évolution d’une politique de vaccination universelle vers une politique ciblée (Par Epi Salo) Résumé en français :

http://www.eurosurveillance.org/em/v11n03/1103-126.asp

[2] Texte complet en anglais 

http://www.eurosurveillance.org/em/v11n03/1103-226.asp   

[3] http://www.eurosurveillance.org/em/v11n03/1103-223.asp