Les Débuts tumultueux du BCG SSI

Le BCG SSI par injection intradermique est devenu exclusif en France à partir de janvier 2006. Voici l’historique des événements à partir de cette date. Pour gagner du temps les références ne sont pas données. Une nouvelle publication de cette article avec les références sera proposée dans quelques jours afin que chacun puisse vérifier et compléter ce descriptif.

23 février 2006

Le Directeur général de la santé nomme une commission chargée d’établir des propositions pour un plan de lutte contre la TB…puisque ce plan est considéré comme préalable incontournable à la suppression du BCG généralisé.  Remise de la copie en juin.

Pendant ce temps …Déferlante sur les blogs….Les mamans racontent (extraits de blogs):

« Mon bébé a eu le BCG SSI. Il n’y avait pas d’urgence mais j’ai fait confiance au pédiatre et j’ai eu tort.  Il s’y est reprit à 2 fois. Mon fils hurlait. Deux mois après, une  ulcération se forme, tourne au violet en grossissant chaque jour….. Puis l’abcès “explose” : une grosse quantité d’un liquide verdâtre coule le long du bras et cela se poursuit chaque jour pendant 2 semaines. On pense que ça va guérir. Mais cela fait 5 mois et toujours ce bouton sur le bras. Si ça ne coule plus, il n’y a aucune autre amélioration. Le pédiatre aurait pu m’informer que le vaccin n’était obligatoire que pour l’entrée en collectivité. Comme je m’occupe de bébé… Je suis révoltée ! Evitez ce vaccin si vous le pouvez. »

« si l’abcès de mûrit  pas plus et ne se vide pas totalement dans les jours qui viennent, dit un médecin à une maman, il faudra lui administrer un traitement antituberculeux dans les prochains jours en injection directe dans l’abcès. »

« Un autre s’y reprend à 2 fois parce que ça ne faisait pas comme sur la notice… »

Un bébé reçoit « un traitements anti-tuberculeux pendant 4 mois  avec pleins d’examens médicaux pour voir si tout va bien ». D’autres mamans sont  «  déchirées de  devoir faire volontairement du mal à leur bébé pour pouvoir retravailler. »

« Mon pédiatre y était opposé mais j’ai insisté pour qu’on fasse le BCG à mon petit dernier :  traitements anti-tuberculeux pendant 4 mois et une multitude d’examens médicaux pour s’assurer que tout allait bien . C’est mon expérience et je suis ulcérée de voir qu’on impose ce vaccin alors que dans la plupart des pays d’Europe il ne se fait plus…et   que mon petit doive vivre tout ce calvaire pour entendre dire ensuite…que le BCG n’est pas vraiment utile  et que c’est la faute a pas de chance s’il a eu des effets secondaires. Finalement je me dis que j’aurai du faire confiance a mon pédiatre »

« Ma petite fille va se faire de nouveau opérer demain de la même chose, ça fera la deuxième fois au même endroit et toujours à cause du vaccin BCG SSI. »

Juin 2006 : la commission au  Plan TB ne pouvant remettre sa copie se voit reconduite pour 6 mois….

6 juillet 2006 : 

Au cours d’une conférence de presse le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) jugeant que le dépistage ciblé dans les écoles est discriminatoire  réclame le rétablissement du dépistage généralisé dans les écoles AVANT de supprimer le BCG….Notons que l’avis du CSHPF le prévoyait seulement dans les familles…Le BCG ciblé sera aussi présenté comme devant avoir lieu dans les écoles où l’on séparera donc les enfants pour en vacciner certains alors qu’aucune séances de revaccinations ne doit plus être pratiquées.

Le président du Comité technique des vaccinations et du CSHPF, interrogé par le Parisien (7/07/06) déclare :

« il n’y a pas de réelles complications avec le BCG intradermique. C’est un fantasme ! Un ganglion qui suinte sous l’aisselle se résorbera avec un petit traitement ».

Le petit traitement en question consiste à donner rifampicine et isoniazide pendant plusieurs mois…médicaments qui peuvent avoir des conséquences hépatiques très sérieuses…

28 août 2006 :

Annonce d’une audition publique sur la levée de l’obligation du BCG pour les 13 et 14 novembre…Elle avait été demandée par le ministre de la santé et c’est le Directeur général de la santé qui demandera à la SFSP, Société française de santé publique, de l’organiser.

13 & 14 novembre 2006 : audition publique sur le BCG

C’est seulement à la fin de la seconde journée, après d’âpres et stériles combats que ce fait essentiel va apparaître. La vaccination généralisée n’existe plus en France ! Ce sera le tournant du match :

La couverture vaccinale a chuté de 50% en 2006 par rapport à 2005, même à Paris. Un expert avait déjà indiqué la veille que les ventes de vaccin avaient chuté de moitié ; puis un médecin d’une ville de province dira tranquillement que dans sa ville « médecins, pédiatres, PMI ne veulent  plus le faire ». Mais la dernière intervention apportera une information capitale : le médecin chef adjoint des PMI et crèches de Paris, démontrera que même à Paris, où pourtant le vaccin est exigé dans toutes les crèches et garderies de la capitale sans que les contre-indications y soient acceptées, le nombre d’enfants vaccinés à chuté de 50% par rapport à 2005 : en 2005 la PMI avait effectué 13 058 vaccinations contre 5957 au 31/10/06.

Le mot de conclusion par le président de la commission d’audition :

“J’ai conscience du piège dans lequel je suis tombé ! Nous sommes confrontés à un vaccin pas terrible pour la lutte  contre la tuberculose pulmonaire de l’adulte pour laquelle il n’est pas fait. Dans des pays comparables ayant des politiques extraordinairement diverses les chiffres sont pratiquement les mêmes. Ce vaccin n’est ni si bon que certains le soutiennent ni si mauvais que d’autres le disent. Nous sommes réunis parce que les laboratoires MSD et Sanofi Pasteur ont décidé d’arrêter un vaccin. La levée de l’obligation du BCG est inéluctable. Son maintien est intenable. Le ciblage ethnique est illégal. Le ciblage géographique ? Non! Il faut trouver autre chose, nous ne sommes pas bons. Nous avons en France des habitudes de règles brutales, généralisées. La proposition unique est inadaptée : Guyane, Paris, la Creuse. Il faut avoir conscience de la charge émotive charriée par le BCG. Il faudra être extrêmement prudent : prendre le risque de nouveaux cas. Faire preuve d’humilité : d’autres ont des connaissances et des expériences.”

21 décembre 2006

Le rapport de la commission d’audition est rendu publique : il recommande la levée rapide de l’obligation sauf en Guyane mais recommande aussi que la vaccination soit proposée à tous les nourrissons dès la naissance après information sur la TB pendant la période prénatale. Cette recommandation s’appuyait sur « l’expérience suédoise » relatée ainsi :

« La recommandation systématique de vaccination des enfants tient compte de plusieurs éléments :

 

- de l’inquiétude des membres de la Commission d’audition de voir survenir en France un scénario à la suédoise. Ce pays, après avoir arrêté la vaccination puis être passé dans un deuxième temps à une vaccination ciblée sur des critères de risque, n’a toujours pas retrouvé l’incidence d’avant 1975 près de trente ans après l’arrêt de la vaccination* »

*Faut-il rappeler que le taux global de TB en Suède est passé de 19,9 en 1974 à moins de 5 en 2004, la moitié de celui de la France avec un taux de notification plus élevé, et que le champ d’application de cette affirmation est en réalité limité aux enfants  de moins de 10 ans nés de parents étrangers, voire même semble-t-il, nés à l’étranger.

21 décembre 2006

Communiqué du ministère : le CSHPF a été saisi pour proposer les modalités d’application de ces recommandations qui seront incorporés dans « une stratégie de mesures prioritaires contre la TB qui seront publiées en janvier ».

1er février 2007

Un sénateur du Haut-Rhin avait posé une question écrite au ministre de la santé :

« dans nos régions frontalières, le public est largement informé de l’arrêt de cette vaccination dans de nombreux pays européens. Or elle reste obligatoire à l’entrée en collectivité de l’enfant. Il s’en suit une très nette incompréhension de la population »

Réponse :  ( JO Sénat du 01/02/2007 - page 252)

« La vaccination généralisée des enfants avant leur entrée en collectivité permet aujourd’hui d’éviter 800 cas de tuberculose chaque année, dont au moins 16 cas de formes graves (comme les méningites). Ce résultat est obtenu grâce à une couverture vaccinale actuelle à 95 % des enfants de 6 ans… Depuis la suppression du vaccin Monovax, qui s’administrait au moyen d’une bague par multipuncture, la vaccination contre la tuberculose se pratique désormais par injection intradermique, pratique qui prévaut dans tous les autres pays européens. L’injection intradermique rend effectivement la vaccination, notamment des enfants en bas âge, un peu plus contraignante et comporte un risque légèrement plus important de réaction locale cutanée… Dès lors que le Conseil d’hygiène publique de France se sera prononcé, ces recommandations seront intégrées dans la stratégie d’actions prioritaires contre la tuberculose que le ministère de la santé et des solidarités publiera au cours du premier trimestre de l’année 2007.

 

20 mars

L’avis attendu du CTV et du CSHPF est enfin publié et daté du 9 mars. Il recommande :

- la levée de l’obligation y compris en Guyane dès que le plan tuberculose sera activé ;

- que la vaccination soit fortement recommandée en Ile de France et Guyane.

Mais mentionne ainsi « l’exemple de la Suède » qui avait interrompu la vaccination généralisée en 1975 et ne l’a jamais reprise :

« - cette décision a entraîné une augmentation globale de l’incidence de la tuberculose de l’enfant, notamment, mais pas uniquement, parmi ceux vivant dans un environnement à risque.

La tuberculose pédiatrique n’est pas revenue à son niveau observé lors de la vaccination généralisée, y  compris chez les enfants ne vivant pas dans un environnement à risque »

3 avril 2007

Publication du compte rendu de l’audition organisé au Sénat le 22 février sur ce thème par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques : « la tuberculose constitue-t-elle un problème majeur de santé publique ». Si elle fera de nouveau ressortir les oppositions exprimées au cours de l’audition de novembre, il y eut aussi un invité de marque le Docteur Léopold Blanc, coordinateur de la lutte mondiale contre la tuberculose à l’OMS et qui déclarera :

« Pour l’OMS, le BCG est efficace uniquement pour les formes graves de l’enfant*. »

« Aucune donnée au niveau international ne permet de dire que la suppression de la vaccination a entraîné une augmentation de la tuberculose dans le monde. Il y a des pays, je voudrais le souligner, qui n’ont jamais vacciné par le BCG, comme les États-Unis, et qui ont les mêmes taux qu’en Europe. Ceci doit être très clair, et des documents extrêmement bien établis à ce sujet ont été publiés par l’OMS. »

*Soit une quinzaine de cas évités par an en France par une vaccination généralisée comme l’avait reconnu l’expertise française en 2001.

13 avril 2007

Le REH (Relevé épidémiologique hebdomadaire, publication de l’OMS, p. 130) du 13 avril 2007, confirmera ces affirmations : « Le vaccin Calmette-Guérin actuellement utilisé date de plus de 85 ans et n’assure une protection acceptable que contre les formes disséminées de la maladie chez le nourrisson et une protection minime, dans le meilleur des cas, après l’enfance. » 

Depuis plus rien : les stratégies prioritaires contre la tuberculose qui devaient être publiées avant le 1er avril sont toujours en attente.

8 juin 2007

Evénement : conférence-débat au cours de l’assemblée générale de la SFSP sur les thème de l’audition et de la levée de l’obligation par les 2 rapporteurs de la commission d’audition, l’un était le président du comité d’organisation et l’autre de la commission. Cet événement sera accompagné d'un communiqué de presse relançant l’urgentissime problématique du BCG singulièrement occultée pendant ce long épisode électorale. Voir aussi l'article sur ce communiqué sur ce site.